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Droit d'aînesse et évolution des vignobles européens

Jeudi 5 Janvier 2017, 18:19 GMT+2Par GjeCet article a été lu 2245 fois

La dernière transaction qui vient de se réaliser en Bourgogne, à savoir la vente au propriétaire de Screaming Eagle (un Domaine de référence en Californie) du Domaine Bonneau du Martray, appartenant à la famille de Jean-Charles Le Bault de la Morinière, a fait quelque bruit dans le milieu viti-vinicole.

Disons le dès le départ : cette vente est due à la volonté d'un ou de plusieurs héritiers de retrouver leurs capitaux avec l'impossibilité pour la famille gérante de financer une telle somme, tant la valeur des terres bourguignonnes est entrée dans des chiffres stratosphériques. Ce n'est nullement un quelconque appât du gain. Chacun connaît en France les principes légaux de ce qu'on appelle l'indivision.

Pour faire court, côté "acheteur" quand bien même ce sera un peu excessif : on n'achète plus, à ce niveau de réputation d'un domaine, une rentabilité financière mais un ego qu'on veut afficher dans son petit monde. Les dernières transactions sur l'AOC Chambertin ou Musigny le démontrent parfaitement.

Combien de propriétés sont ainsi entre les mains de plusieurs dizaines d'héritiers ? Bien plus qu'on ne le pense généralement.

Et il est assez facile de comprendre qu'un héritier passif, ayant des revenus "communs", et même s'il a parfois de solides dividendes, puisse un jour réclamer la valeur de son capital ne serait-ce que, par exemple, pour acheter un appartement parisien pour chacun de ses 4 enfants.

Cette évolution va s'accélérer tant il y a en ce moment, des fortunes qui acceptent sans trop d'émotions, à acquérir de tels biens qui vont - c'est leur opinion - permettre à leur ego d'atteindre de nouveaux sommets.

Et comme la Safer a été retoquée dans son souci de pouvoir aussi réguler les opérations de cession sous statut juridique "personne morale", ce mouvement d'investissements dans le monde des terres viticoles va s'amplifier, sans aucun doute.

Aurions nous la même situation si le principe du droit d'aînesse était la règle en matière agricole ? Probablement qu'avant toutes choses, les propriétés seraient moins morcelées qu'elles ne le sont mais on voit vite où se déplacerait le problème : comment l'héritier unique pourrait-il indemniser, de nos jours, ses frères et soeurs si ce n'est en vendant des parcelles de vignes ?

Maintenant, ce qui choque en sus le monde du vin, c'est qu'il s'agit là d'un acheteur non-français, avec cette crainte qu'un tel investisseur n'aura pas fatalement le même esprit que des générations de locaux. Il y a ainsi des régions telle l'Alsace où on imagine qu'il serait un peu plus difficile pour un australien ou un chilien d'acheter un Domaine alors qu'en Languedoc cela ne poserait probablement aucun problème.

Bref : la Bourgogne, comme l'Alsace et probablement un peu la Champagne sont un peu considérées, ici et là, comme des domaines "réservées". 

Mais quelle loi peut-on imaginer qui classerait systématiquement "interdit de vente aux étrangers" - et selon quels critères ? - telle AOC, telle région, telles activités économiques ?

Ou plus simplement, en cas de vente, que celle-ci fasse l'objet d'une publication préalable pour qu'à conditions égales, une certaine préférence soit donnée soit à un autre vigneron, soit à un national prioritairement à un étranger ? On a bien un principe un peu équivalent avec les oeuvres d'art, non ?

Le moderato cantabile du jour : à tout le moins, et les dernières transactions en vignobles le montrent, les nouveaux investisseurs sont en grande majorité de réels admirateurs du Grand Vin et ont une discrétion de gestion tout à leur honneur. Des exemples ? Le Clos des Lambrays et probablement le Clos Rougeard si la transaction des héritiers Foucault avec Martin Bouygues se confirme. Sans même parler des châteaux sous bannière chinoise à Bordeaux : souvent de belles endormies que de solides capitaux vont revitaliser.

Bon : tout cela, c'est une mouvance qui trouvera, on l'espère, un juste équilibre et nous permettra de toujours nous émerveiller devant quelques chefs d'oeuvre bachiques qui sont utiles à notre survie dans ce monde de brutes !

Je n'ai pas d'informations précises sur ce qui est en vigueur ailleurs en Europe. On sait que des français viennent d'entrer au capital de Biondi-Santi, d'autres sont déjà en Hongrie, que des américains se sont implantés au Piémont, des autrichiens en Maremma. Mais quid en Allemagne, en Autriche ?

On a des équivalences de la SAFER ? Ou d'autres lois limitant des cessions à des capitaux non européens ?

Help !

:-)

POUR UN PROCHAIN SUJET PAS LOIN DE CELUI-CI

%OIHOI

 

Le cru du Groupe LVMH, développé en Chine, au Tibet, qu'on a pu déguster lors d'un dîner au Shangri-Là à Paris. Un vin qui a très nettement un style singulier : une fusion subtile des puissants américains, type Screaming Eagle, Harlan, Colgin, avec une finale d'une élégance bordelaise.

On en reparlera :-)

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Cet article a été commenté 19 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Mauss dit

Notre ami Oliv me signale un commentaire de Monsieur Le Bault de la Morinière :

http://www.terredevins.com/actualites/bonneau-matray-page-de-200-ans-se-tourne/

Jeudi 5 Janvier 2017, 18:32 GMT+2 | Retour au début

Antoine dit

Il convient aussi de noter que des compagnies comme Sanofi ont pu emettre des obligations a taux negatifs l'an dernier... Nul doute que cela aide a acheter quand on rembourse moins que ce qu'on emprunte...

La politique BCE...

Sur que les banques n'ont pas offert de telles conditions a Mr Le Bault de la Moriniere...

Vendredi 6 Janvier 2017, 00:36 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

@ Antoine :

Effectivement, comment voulez vous qu'un actionnaire majeur puisse verser plusieurs éventuels millions à un minoritaire alors même qu'une banque demandera une garantie sur le Domaine et que rien ne lui prouvera que cet actionnaire puisse rembourser une telle somme.

Bref : la seule solution possible, et de loin la plus triste : la vente de parcelles ou du Domaine.

Vendredi 6 Janvier 2017, 11:16 GMT+2 | Retour au début

Pierre Henri Guerdon dit

Je trouve très bien que ce domaine ait été vendu à ce milliardaire. Ca va mettre un peu de peps en bourgogne. Cette région n'est pas un domaine réservé. Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi LVMH serait plus en odeur de sainteté que cet américain.

Vendredi 6 Janvier 2017, 14:13 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

@ Pierre Henri : oui, assez d'accord sur ce point de vue qui reste similaire à celui que j'ai eu sur l'achat du château de Gevrey par ce chinois de Macau qui a eu l'intelligence d'en confier la gestion à Eric Rousseau.

Dans la mesure où un terroir ne peut pas être exporté, alors qu'un tableau de Fragonard le peut, il est effectivement difficile d'envisager une loi qui donnerait un droit de premier refus à une entité française lors d'achats "délicats" de propriétés viti-vinicoles.

Ceci dit, on se souvient des émotions lors de l'achat par des étrangers de terres agricoles à céréales représentant, si je me souviens bien, près de 10.000 hectares.

Vendredi 6 Janvier 2017, 18:26 GMT+2 | Retour au début

Jérôme Perez dit

Intéressant sujet qui remonte loin dans l'histoire de la transmission du patrimoine en France et au delà de nos frontières. Histoire qui peut d'ailleurs en partie expliquer la taille des propriétés viticoles entre le Bordelais et la Bourgogne. C'est l'opposition classique et culturelle entre le droit coutumier et le droit écrit (ou romain).
Ainsi le morcellement des terroirs bourguignons tient au moins autant de cette question de transmission du patrimoine que de l'oeuvre cistercienne d'individualisation des terroirs.

Il fut un temps où ces héritiers qui aujourd'hui vendent parce que c'est extrêmement "juteux" auraient été attachés à la terre bourguignonne et auraient divisé cette partie de Corton, donnant à coup sûr des vins et des expressions plurielles qui auraient peut être donné des climats distincts.

Dans le Sud, il avait au contraire un legs du patrimoine à un seul qui souvent d'ailleurs avait pour but de faire fructifier et d'agrandir ...

Il se trouve donc que le libéralisme effarant qui touche le marché des vins starisés replonge finalement le monde du vin dans ce droit coutumier. Sauf que sans aucun doute, cela touche toutes les régions qui sont sous le feu des projecteurs médiatiques et plus seulement les régions du nord et de l'est comme ce fut le cas jadis.

Samedi 7 Janvier 2017, 14:24 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Sujet effectivement complexe où plusieurs cas d'école peuvent jouer :

- frais de succession
- besoin de sortir d'une indivision
- partage entre plusieurs enfants

Je pense là, par exemple, à la Famille Gros où l'amateur peut se perdre entre les étiquettes de :

- Anne Gros
- François Gros
- Gros Frère et Soeur

… et j'en passe !

Mais l'appât du gain n'est probablement pas la cause majeure d'une vente par un exploitant-propriétaire (ou co-propriétaire).

Un ami bordelais, avec lequel nous parlions de la chose, m'a bien expliqué qu'ayant suffisamment d'argent, il ne voyait pas très bien pourquoi vendre alors même que, quelque part, ce serait son statut social qui disparaîtrait.

Chacun sait qu'on a beaucoup d'amis quand on peut leur servir à quelque chose et que très vite, si on arrête son activité, ces amis deviennent d'une étonnante discrétion. Le GJE a été un exemple parfait en la matière :-)

O tempora, O mores !

Du temps des grandes heures… va savoir, Charles !

Samedi 7 Janvier 2017, 16:36 GMT+2 | Retour au début

Oliv dit

Pour une idée du montant faramineux de la transaction...

www.lavoixdunord.fr/99236...

Samedi 7 Janvier 2017, 18:11 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

En fait, pas si faramineux que cela car on est sur un Grand Cru, le seul (en rouge) de la côte de Beaune.

On se rappellera le prix payé par Faiveley pour une ouvrée de Musigny qui mettait déjà l'hectare au niveau de presque 10 M d'euros l'hectare.

Il est clair que ce type d'investissement n'est jamais fait pour une quelconque rentabilité financière, sachant que dans le meilleur des millésimes - et là on est hyper généreux - l'hectare peut donner 5.000 bouteilles.

Même si la bouteille se vend à € 1.000 alors même qu'elle ne peut coûter que € 30, la marge dégagée est loin de pouvoir satisfaire un comptable soucieux de saine rentabilité financière.

… et ce n'est pas demain la veille - quoique - qu'une bouteille de Corton "Bonneau du Martray", à part celles de Jean-François Coche-Dury sur le marché gris - aura cette valeur de première main : ce sera plus tôt autour de € 200.

On est donc soit dans le besoin d'ego à s'afficher dans le monde recherché du Grand Vin, soit dans cette banale facilité de dépense sans compter pour des fortunes qui se comptent en dizaines de milliards. Et là, oui, il y en a pas mal dans le monde !

Comment voulez vous qu'un organisme type SAFER puisse s'aligner ?

Samedi 7 Janvier 2017, 18:20 GMT+2 | Retour au début

Oliv dit

Pour une idée du montant faramineux de la transaction...

www.lavoixdunord.fr/99236...

Samedi 7 Janvier 2017, 20:52 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Warum nicht ?

Ce serait donc un portage discret…

Va savoir, Charles !

Dimanche 8 Janvier 2017, 16:03 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Ce qui est fascinant dans le monde des bloggeurs du vin, c'est le constat suivant :

Autant j'accepte volontiers le titre particulièrement réducteur que j'ai des opinions de droite (cette notion gauche-droite n'ayant guère de sens eu égard aux événements majeurs qui nous attendent), autant je ne crois pas qu'on émette ici systématiquement des opinions totalement biaisées par cette orientation "droite".

Par contre, pour les bloggeurs de gauche, qu'ils soient dans le format fonctionnaire même de grade niveau X ou Y, ou dans un format systématique hegélien, il est frappant de lire à quel point ils sont simplement incapables d'avoir un jugement correct et incapables de retenir une bile totalement malvenue.

Pas grave : Audiard a de belles formules pour décrire ces zozos, et je ne vais pas m'amuser à citer leur incohérence d'une tristesse infinie.

Restons clairs : non, rien à voir avec les opinions de JP.

@ Antoine : votre commentaire était limite… donc inpubliable. Nothing personal :-)

Jeudi 12 Janvier 2017, 10:23 GMT+2 | Retour au début

Bettane dit

Encore une fois Perez est à côté de la plaque! La division des grands terroirs loin de donner des expressions plus authentiques de ces terroirs en Bourgogne ne permet que des expressions partielles et sectorielles. On ne consolera pas de l'argument de la diversité enrichissante car dans cette diversité il y a trop souvent une proportion de médiocrité ou d'indifférence au patrimoine dont tous les amateurs de beaux bourgogne souffrent. Bref le Charlemagne indivis, né de toute la géographie et géologie du lieu dit, dans des mains compétentes, quelles quelles soient, même dans celles d'un milliardaire américain (anti-américanisme primaire habituel de nos bobos, parfaitement lisible derrière les arguments qu'on a pu voir plus haut), c'est mieux que 8 Charlemagnes parcellisés dont 2 grands, 2 corrects et quatre médiocres, moyenne habituelle hélas dans nos grands crus actuels.

Jeudi 12 Janvier 2017, 17:58 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Sûr que si on met Raphaël Coche-Dury sur tout le Charlemagne (il vient d'en voir quelques pieds en sus), ce serait autre chose comme dirait Mme Michu

:-)

Ce qu'écrit là Michel Bettane me semble particulièrement adapté au Clos de Vougeot, probablement le Grand Cru où l'amateur peut trouver le plus de déceptions… alors même que nous avons pu déguster chez Bouchard le fameux millésime du XIXème où tous les raisins du Clos avaient été traités par une seule entité.

Vendredi 13 Janvier 2017, 09:50 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Herbin dit

Mauss dit
Ce qu'écrit là Michel Bettane me semble particulièrement adapté au Clos de Vougeot, probablement le Grand Cru où l'amateur peut trouver le plus de déceptions…

François, je crois que l'on peut dire ça de pas mal de grands crus en Bourgogne, même si des progrès sont toujours faits et donc en cours, c'est évident ! Si tu fais le tour de la Montagne de Corton par exemple....... j'ai dans mon ancien ordi des photos de vignes et surtout sols pas belles à voir...

Au passage, en Bourgogne toujours amusant de voir comment on s'excite sur la notion de terroir alors qu'au fond, bien souvent, on ne parle "que" de vignerons...

;-)

Vendredi 13 Janvier 2017, 11:24 GMT+2 | Retour au début

Bettane dit

Si j'avais acheté Bonneau j'aurais volontiers confié le domaine à Raphaël C.D et même demandé à son père de prendre un peu de distance par rapport à une semi retraite qu'on lui souhaite aussi active que possible! Mais mon banquier ne m'a pas suivi sur cet achat......J'aurais même volontiers recédé 5% de mes parts gratuitement à Jean Charles pour le garder dans l'équipe, ce qui semble d'ailleurs le choix du nouveau propriétaire américain.

Vendredi 13 Janvier 2017, 17:45 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Le dossier qui avait été communiqué à une bonne dizaine d'acheteurs potentiels n'a curieusement pas été retenu par les fortunes françaises eu égard au prix proposé par l'américain d'Arsenal et de Screaming Eagle.

Non pas pour un manque de moyens, mais ce serait intéressant de connaître toutes les raisons de ce refus d'achat car, quoiqu'on en dise, c'est un Domaine phare de la Bourgogne et pas simplement une belle propriété ayant quelques arpents de grands crus ici ou là.

Oui, oui, Michel : entre deux bichonnages de sa sublime traction Citroën, Jean-François est devenu l'employé modèle de Raphaël :-)

Tôt matin, lundi dernier, il ne voulait pas manquer le travail de mise qui lui avait été ordonné. je sais, j'y étais :-)

Vendredi 13 Janvier 2017, 18:23 GMT+2 | Retour au début

Jérôme Pérez dit

Une fois encore Bettane me lit mal et ne comprend pas ce que j'écris.

Mon propos était de rebondir sur le billet initial "du droit d’aînesse" en le replaçant dans une perspective historique et géographique.
Rien de plus.

Samedi 14 Janvier 2017, 07:05 GMT+2 | Retour au début

Bettane dit

On avait compris, mais entre les lignes il semblait y avoir une certaine tendresse pour une époque pas si lointaine où un arrangement entre viticulteurs permettait l'accès à quelques grands crus par division de la parcelle en vente. Cela était revenu il y a quelques années à l'esprit de quelques uns qui rêvaient d'acquérir un bout du clos des Lambrays. La vente du clos des Lambrays, heureusement (selon mon point de vue) non divisée a mis fin à leurs espoirs. Quant au droit d'aînesse il n'a pas trop dérangé les familles tant que la fiscalisation des transmission n'est pas devenue confiscatoire.

Dimanche 15 Janvier 2017, 19:52 GMT+2 | Retour au début