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Du vin en général, de la gastronomie souvent, et du reste si nécessaire. Mais toujours dans le respect d'autrui. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé : consommez avec modération.

Deux journées en Loire (2)

Mercredi 11 Mai 2016, 17:56 GMT+2Par GjeCet article a été lu 767 fois

Le deuxième Domaine qui nous a reçu, Domaine des Chesnaies à Ingrandes-de-Touraine, a été une expérience unique.

Lourdement atteint par le gel, comme tant d'autres régions françaises, nous avons été particulièrement touché par tout simplement l'absence de plaintes et une discrétion confondante alors même que la perte de 80 % d'une récolte aurait pu justifier un ton de visite défaitiste. Certes, les vignerons savent qu'il y a ce risque chaque année, gel, grêle et autres maladies possibles, mais ayant ce sens si particulier du temps et de la souveraineté de la nature, ils ont incorporé depuis des générations les facteurs extérieurs qui touchent l'agriculture en général. Une leçon pour les geignards habituels !

Cela devient effectivement critique quand de tels désastres se suivent sur plusieurs années, comme actuellement à Pommard et Meursault, et malheureusement il y aura des propriétés qui ne pourront pas survivre à de telles calamités.

Si la Bourgogne peut ± modifier vers le haut sa politique de prix pour compenser un chouilla la perte financière d'une année morte, c'est mission impossible en Touraine : le marché ne sera en aucun cas solidaire. Dur à dire, mais c'est un fait.

Néanmoins, ici on a des stocks importants et cela pourra probablement permettre à plus d'un domaine de survivre après ce gel. Bref : on ne peut que se répéter : la seule façon pour nous d'aider de tels domaines est de mettre en cave des vins dont le RQP reste de premier ordre.

Venons en à cette visite historique dans les caves de ce vigneron aux trois noms familiaux : Lamé Delisle Boucard.

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Une famille qui a mis en bouteille dès l'an 1947, tant la qualité était hors norme
 
DOMAINES DES CHESNAIES à Ingrandes-de-Touraine
 
On pourra lire un beau résumé sur l'histoire de cette propriété dans l'ouvrage récent (2015) sur les "VIGNERONS et CRUS DE TOURAINE", page 25, publié chez Berger Editions.
 
Philippe Boucard nous avait concocté une verticale de référence, allant du 2015, encore en élaboration, jusqu'au 1921. Les millésimes qui nous furent offerts : 2014 - 2011 - 2010 - 2009 - 2005 - 1982 - 1976 - 1971 - 1969 - 1964 - 1961 - 1959 - 1947 - 1946 - 1928 - 1921.
 
Primo : un grand merci pour cette verticale de vins qui n'ont jamais bougé de leur cave-grotte historique. Même si bien des propriétés en France n'ont pas cette capacité d'avoir su garder tant de vins de vieux millésimes, avouons qu'il doit être sacrément difficile de trouver hors Touraine des domaines capables d'une telle verticale… et surtout de vous la proposer sans chichi, en toute simplicité, et sans la ramener. Nous n'avons connu que très rarement une telle vision du temps. Une fois chez Marquès de Riscal pour la lancement de leur nouvel Hôtel et plusieurs fois chez Bouchard Père & Fils, du temps des grandes heures "Bernard Hervet". On trouve aussi de telles grottes en Tokaj et les membres du GJE qui sont venus à cette dégustation en Hongrie ne peuvent oublier ces caves majestueuses où sommeillent des centaines de milliers de bouteilles.
 
Secundo : le 1946 n'était pas prévu : reconnu urbi et orbi comme un millésime européen quasi nul, quelque soit la région. Mais comme sieur Philippe a su que c'était mon année de naissance (encore une fois, j'ai ouvert ma gg) il a pu en dégoter une bouteille, un millésime qu'il n'avait jamais dégusté. C'est vous dire un beau moment d'émotion !
Bon : le vin en bordelaise blanche (il était difficile de trouver le type de bouteille locale juste après guerre) a été fait par la grand-mère et s'il avait une réelle "maigritude", bien "champignonée", il restait parfaitement buvable, et là, je suis en euphémisme. Philippe m'a offert cette bouteille laquelle a fait ensuite plus de 400 km le lendemain pour être dégustée en famille où il avait pris une dimension nettement plus accueillante, avec suffisamment de rondeur pour dire un grand bravo à cette mamie des années 40 qui avait dû travailler dur pour que parvienne, 70 ans plus tard, sur nos palais un tel moment d'histoire.
Imaginez simplement les conditions qui existaient à cette époque ! Comment on vinifiait sans contrôle des températures, comment on soignait la vigne avec les moyens et connaissances de l'époque ! Vraiment, il y a eu des générations extraordinaires dans nos vignobles européens !
 
Tertio : s'il y avait clairement un effet "cave" dans toute cette série de millésimes, on doit noter la classe exceptionnelle des années suivantes : 2010 et 2005 pour les années récentes. Les 1969 et 1959 hors normes : chefs d'oeuvre. et pour le 1947, Philippe avait ouvert les 3 couleurs : un Montlouis en blanc d'une autre propriété, un rosé et un rouge de la propriété, ces 3 vins étant un réel "benchmark", une référence unique de cette capacité ligérienne à offrir, 69 ans plus tard, des vins qui n'appellent qu'un seul commentaire : le silence.
 
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Des casiers immémoriaux où dorment des beautés d'une finesse exquise
 
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Là, au milieu, un rosé à pleurer ! Monumental !Rendez vous compte !! 69 ans !
 
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Des millésimes lesquels, tout doucement, de génération en génération, seront des moments de vie.
Oui, le Breton était le nom ancien du cabernet-franc.
 
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Partout des phrases de grande sagesse, de Ronsard à Rabelais sans oublier l'Homme du lieu : Jean Carmet
 
Chacun l'aura compris : il y a là en France un vignoble de mémoire, qui souffre d'un manque de reconnaissance dû à une politique de rendement sans souci qualitatif majeur pendant des décennies, mais lequel, maintenant, est capable de vous proposer des vins de soif, des vins de fruits, mais aussi de vins de garde avec ce cépage cabernet-franc qui a ici sa plus belle dimension, sa définition de référence. 
 
J'insiste sur un point : les prix sont quasi cadeaux, même pour les crus sortant du lot ! Une condition : y aller, faire le voyage, pour comprendre ces vignerons qui sont la mémoire vivante de générations ayant su garder, pour le futur, les traces, les preuves de leur amour du vin bien fait.
 
Un gros bémol : il devient sacrément difficile de trouver encore des restaurants qui savent monter un beurre blanc pour un beau sandre de la Loire. Mais bon : mes lecteurs locaux ou autres qui ont des adresses, vous me les passez svp ! Ça manque et raz le bol des mulets !
 
Cardinal de Richelieu
 
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Quand vous verrez de telles accumulations de pierres dans les grottes que vous pourrez visiter, cela cache l'entrée de tunnels permettant (ici) au Cardinal de Richelieu de prévoir une sortie discrète de son château au cas où…
Et arrêtez de me poser des questions indiscrètes : non, je ne sais pas si cela existe au Palais de l'Elysée. 
 
:-)
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Cet article a été commenté 6 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Dans notre panorama récent Loire 2005, la cuvée prestige 2005 s'est plutôt mal goûtée ...

à revoir

Mercredi 11 Mai 2016, 18:12 GMT+2 | Retour au début

Mauss répond

On a revu et elle est top si jamais elle a été quif-quif !

Mercredi 11 Mai 2016, 18:13 GMT+2 | Retour au début

On sait les surprises du vin ... François.

Chaque "géosensorialité" est bien unique !
:-)

La provenance de la bouteille compte.
Le lieu dans lequel elle est dégustée aussi ... beaucoup.

Mercredi 11 Mai 2016, 18:19 GMT+2 | Retour au début

Paul dit

Alors là, dans le coin, sans hésiter ici,

www.facebook.com/galotier...

Tu leur commande un sandre au beurre blanc et tu auras droit à un sandre "benchmark" au beurre blanc du niveau de la poulette de chez Job.

Plusieurs visites et une cuisine classique alla grande, juste parfaite et des prix de vins sur table comment dire ? Italiens.

Pour mes 30 ans, il y a qq années déjà, le 69 s'est révélé délicieusement sans âge, préservant une grande fraîcheur de fruit et un soyeux de cabernet comme à qui sait l'attendre. Une pure merveille.

Jeudi 12 Mai 2016, 13:59 GMT+2 | Retour au début

Paul dit

Il y avait même là bas (chut) encore des vins de Philippe Engel, mon regretté sommet personnel de Bourgogne et une rencontre formidable.

Qui aujourd'hui encore partage avec lui une bouteille de l'année de naissance du visiteur de passage avec qui le courant passe bien ?

Jeudi 12 Mai 2016, 14:22 GMT+2 | Retour au début

Mauss répond

Petit monde !!

@ Paul

Figure toi que c'est chez ce Vincent Cuisinier que nous sommes allés pour le dîner, juste à côté de chez Philippe Boucard !

Foie gras tip tpo, Philippe Bourguignon heureux avec ses abats et la femme du chef tout sourire !

Et on a eu droit à une visite de sa cave, là encore une petite merveille de vieux crus épars.

Bon : la prochaine fois, on demande le beurre blanc à ce belge qui a trouvé là son pays de cocagne.

Vendredi 13 Mai 2016, 05:01 GMT+2 | Retour au début