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Le monde du grand vin

Du vin en général, de la gastronomie souvent, et du reste si nécessaire. Mais toujours dans le respect d'autrui. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé : consommez avec modération.

Un dîner à Bruxelles

Dimanche 1 Mai 2016, 17:41 GMT+2Par GjeCet article a été lu 1382 fois

On le sait, j'ai des amis belges. Il y a deux catégories d'amis : de vrais bachusiens qui vous offrent leurs plus beaux flacons, et des pingres façon Fabrice Luchini dans le film "Le coût de la vie" qui vont trouver mille arguments vaseux pour ne vous servir que des seconds couteaux.

Là, j'étais clairement avec d'excellents représentants de la première catégorie. Il y a des jours comme ça, où on partage des expériences à souvenirs, d'autant plus fortes que les vins furent servis à l'aveugle, comme il se doit entre amateurs passionnés. Et bien sûr, j'ai encore pu dire des tas de bêtises. Décidément, avec l'âge, c'est comme au golf, difficile de faire mieux que dans les jeunes années !

oîj
Nous étions 6 convives. 
 
 
Le chardonnay 2005 de Gaja :
Le vin, à la limite d'une suavité voluptueuse qui m'a fait penser plutôt à un chenin limite "doux", développait une finale assez éloignée des classiques de la Côte de Beaune. Aucune tension en fin de bouche, juste une continuité quasi exotique de saveurs "agrumesques". Il m'a fait évoquer, lorsqu'on m'annonça le cépage, les très beaux vins de Jean-Claude Thévenet, du temps des grandes heures quand je courrai encore le Mâconnais et ses vinifications assez particulières.
 
Le Roagna 2002 :
Une grosse déception ! Pourtant un nom résolument placé par les fins connaisseurs au sommet des crus piémontais. Le vin était totalement fermé, n'avait rien à dire et aurait pu être monstrueusement humilié - vu son prix - par un Cà Növa "Montefico". Assez rageant mais bon, disons que cela peut arriver à n'importe quel vin … quoique… 
 
Le Poggio di Sotto Riserva 2005 :
Vous dire que j'ai sauté de joie dès la première gorgée, c'est encore être en-dessous de la réalité. Je rappelle que ce vin fut servi à l'aveugle. J'évoquais de facto un grand cru de la Côte de Nuits, mentionnant même Musigny, et inutile que je continue à vous dire à quel point ce cru de la DOCG Brunello di Montalcino - qui n'était pas encore la propriété de la famille Bertarelli - continue à m'enthousiasmer un max. Courrez, si vous êtes parisien, chez Karabetyan Mihran, à l'Enoteca au 77 rue du Cherche-Midi : il en a normalement quelques bouteilles de millésimes plus jeunes.
Un chef d'oeuvre de finesse, d'élégance, de grâce. Un vin qui vous donne tout avec une générosité sans retenue. Bref : une beauté totale.
Un grand merci à cet ami qui nous a servi ce vin rarissime.
 
Haut-Brion 1986 :
Le bouchonné du jour. Vraiment quelle tristesse de tomber sur ce problème qui continue à gâcher des moments où il devrait être une sorte de phare intemporel de la grandeur bordelaise ! Si le fautif reste clairement le producteur de bouchons, on attend quand même de la part de la propriété une compréhension qui doit trouver une solution à l'amiable. On verra.
Mais cela me renforce dans l'idée qu'au delà du format "magnum", on prend de sacrés risques dans le temps !
 
Cos d'Estournel 1990 :
Ne voulant pas rester sur cet échec bordelais, mon ami rapporte de sa cave ce 1990. Je n'ai qu'un mot en anglais pour le définir : DULL !!
:-(
Rien, nada, monolithe. Que dalle. Sotto zero ! Tristesse affligeante : bon sang de bonsoir, comment un tel cru, et surtout dans ce millésime reconnu, peut-il devenir aussi terne, aussi ennuyeux ?
 
On ne reste jamais sur un échec. Et comme on avait longuement parlé d'Emmanuel Reynaud, ce vigneron si particulier, assemblage détonnant d'un humour corrosif adorant déstabiliser ses visiteurs, mais offrant littéralement ses tout beaux Château des Tours à des conditions lui octroyant sans hésitation - et avec bénédiction papale si besoin est - le statut de "Saint-du-Vin" (comme les Rocca de Cà Növa), retour à la cave de notre ami qui nous sert - toujours à l'aveugle hein ! - un Rayas 2003.
 
Rayas 2003 :
Si le 2002 m'est assez familier - merci à mon pote René Millet qui m'a fait découvrir ce cru - , le 2003 m'était inconnu. De facto, me revoilà parti à Musigny imitant en cela Olivier Poussier lequel, par trois fois, invité au Laurent par le GJE lors de sa préparation du concours du Meilleur Sommelier du Monde qu'il gagna à Montréal, avait également mis ce vin en Musigny !
Son coach de l'époque, Didier Bureau, lui pardonna par trois fois cette erreur… qui n'est qu'un compliment ! Quand je dis que le terroir de Rayas est la seule erreur du bon dieu de la vigne qui aurait dû le mettre en Côte de Nuits … 
 
Un jour, quand même, faudra qu'un psy m'apprenne à ne plus citer ailleurs des crus qui sont finalement très bien chez eux comme le Clos Rougeard. Que voulez vous ! La Bourgogne des pinots noirs, c'est toujours un graal avoué ou non par bien des vignerons qui rêvent de produire des crus à la beauté irréelle des trop rares chefs d'oeuvre de la Côte de Nuits !
Du coup, avec ce vin qui fut proprement séché avec enthousiasme, nous voilà reparti vers des sommets !
 
Les Jardins de Babylone 2011 : une définition du mot "ciselé"
 
joj

11°, bouteille de 0,5L rarissime de Louis-Benjamin Dagueneau et Guy Pautrat, ce cru est simplement époustouflant de finesse, de tendu, de fraîcheur sans aucune dominante sucrée à quelque soit le moment de sa dégustation. Jamais je n'aurai pu mettre à l'aveugle ce vin en Jurançon ! Comme quoi, il y a sur cette terre des vignerons ayant des idées singulières et surtout capables de les réaliser ainsi "alla grande" !
Alors que depuis quelques temps les SILEX ne me font plus d'effet supérieur, trouvant que le style des anciens millésimes n'est plus tellement évident, voilà un cru qui me rabiboche totalement à ce nom quasi mythique du vignoble français.
 
Qu'on ne m'en veuille point d'être à ce point plutôt amateur de finesse, d'élégance et de fraîcheur alors même qu'on doit garder un réel respect pour les amateurs de puissance et de générosité associées à des maturités marquées. J'arrivais à Bruxelles en provenance de chez Egon Müller qui m'avait invité avec 4 fondus graves de Nîmes souhaitant découvrir les rieslings allemands et qui ont eu la chance unique, en une soirée à Trèves, de fréquenter avec une joie non dissimulée les vins de Kesselstatt, de JJ Prüm, de Van Volxem, de Willi Schäffer, de Nick Weis, de Loosen et autres grands noms de la région Mosel-Saar. Au domaine Egon Müller, quand on commence une dégustation croissante de 5 vins par un Kabinett 1991, c'est dire qu'on va vers des sommets impensables ! Bon : nos amis du VDEWS ont connu de tels moments. Ecouter Egon Müller nous raconter le Scharzhofberg, son schiste unique, c'est confondant d'humilité, de simplicité, d'histoire. Oui, oui : on a évoque Napoléon et ce qu'il a réalisé en Allemagne pour réduire la puissance des églises, richissimes propriétaires, à l'époque, des plus beaux terroirs.
 
En d'autres termes, mon palais prolétaire était clairement orienté et quasi formaté pour cette recherche continue et jamais terminée - heureusement -  de ce qu'il y a de plus beau dans le Grand Vin : finesse, équilibre, longueur en finale et élégance en tout, sans aucune "maigritude".
 
Merci à tous ces vignerons qui sont à l'origine de ces émotions uniques de convivialité, d'amitié et oui, disons le : de beautés !
 
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Cet article a été commenté 17 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Bettane dit

Décidément 1986 restera dans les annales comme le pire millésime du bouchon en liège. Il faudrait ouvrir une liste des épargnés du TCA. Elle devrait etre bien courte.

Dimanche 1 Mai 2016, 17:50 GMT+2 | Retour au début

Mauss répond

Je ne savais pas cela, Michel !

C'est fou quand même qu'à l'époque, il n'y a eu aucune réaction majeure devant un tel désastre !

La Mosel-Saar t'attend avec patience et détermination !

Dimanche 1 Mai 2016, 18:01 GMT+2 | Retour au début

Pierre dit

Un restaurant près de Parme propose le poggio di sotto riserva à 130€
remarquez on y trouve aussi cela
Barolo Riserva Monfortino 1993 Giacomo Conterno 420,00
Nebbiolo

Barolo Riserva Monfortino 1995 Giacomo Conterno 410,00
Nebbiolo

Barolo Riserva Monfortino 2000 Giacomo Conterno 400,00
Nebbiolo

Barolo Riserva Monfortino 2001 Giacomo Conterno Magnum 900,00
Nebbiolo

Barolo Riserva Monfortino 2001 Giacomo Conterno 410,00
Nebbiolo

Barolo Riserva Monfortino 2002 Giacomo Conterno 410,00
Nebbiolo

Barolo Riserva Monfortino 2005 Giacomo Conterno 400,00
Nebbiolo

Dimanche 1 Mai 2016, 19:37 GMT+2 | Retour au début

Mauss répond

Pour le Poggio di Sotto, une fois les stocks de cette généreuse maison épuisés, le prix sera différent. Sniff !

Conclusion ? Y aller fissa et Parme est une si jolie ville. J'ai le souvenir d'une épicerie d'anthologie bien placée dans un grand rond point.

Dimanche 1 Mai 2016, 19:54 GMT+2 | Retour au début

Mauss répond

Qu'il me soit permis de citer le commentaire de mon ami, sachant que pour le Roagna nous avions décidé de le garder une nuit avant de le re-déguster :

"Le Roagna s'est réveillé ce matin.... mais reste en dessous de nos attentes...et surtout des bouteilles déjà dégustées chez ce Vigneron. "

Comme quoi, nous ne sommes pas des assassins !

:-)

Phrase dédiée avec grande précaution à un admirateur fou de ce Domaine qu'il met au pinacle : il serait capable de me gronder à mon prochain passage en Helvétie :-)

Dimanche 1 Mai 2016, 20:00 GMT+2 | Retour au début

Superbe vin ce Poggio di Santo Riserva 2005 ...

Un superbe pinot noir bu récemment à prix doux à la Villa Mas : Roumier Chambolle Combottes 2008 ...
Une superbe millésime (comme vu lors des "primeurs bourguignons").
Pour amateur de finesse et de fraîcheur !

Lundi 2 Mai 2016, 11:37 GMT+2 | Retour au début

Poggio di Sotto, bien entendu ...

Lundi 2 Mai 2016, 12:14 GMT+2 | Retour au début

Guire dit

J'ai la chance d'avoir encore pas mal de 86 dans ma cave.
Autant je n'ai eu que des désillusions avec Pichon Comtesse (mais le château m'a échangé le millésime 12 ans après sans problème… La classe…)
Autant je n'ai pas eu de soucis de TCA ni avec Montrose ni avec Cos d'Estournel ni avec Las Cases ni avec Lafite ni avec Sociando Malet...

Mardi 3 Mai 2016, 10:49 GMT+2 | Retour au début

Cos d'Estournel 1990 bu en horizontale en novembre 2001 puis en verticale en avril 2004 : excellent dans les 2 cas.

Mardi 3 Mai 2016, 10:59 GMT+2 | Retour au début

Bettane dit

J'ai eu quelques Sociando,lascases. lafite. et tous mes Latour et Figeac et Ducru contamines. Plus de 30% des 1986 au minimum ont plus ou moins de tca. Pas de Montrose en revanche ni de Margaux ou Rauzan segla.

Mardi 3 Mai 2016, 14:20 GMT+2 | Retour au début

Guire dit

Ceci dit pour Pichon Comtesse on a incriminé à l'époque la peinture de la charpente du chais si j'ai bonne mémoire...

Mardi 3 Mai 2016, 15:32 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Herbin dit

Pas bu que des bons Roagna et même écrit que le domaine était particulièrement irrégulier !

Mardi 3 Mai 2016, 23:03 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Ouf : sauvé des eaux

:-)))))

Mercredi 4 Mai 2016, 11:30 GMT+2 | Retour au début

Bu récemment un langhe 2009 de Roagna et un Barolo Brunate/Le Coste 2009 de Giuseppe Rinaldi.

Dans les 2 cas, des vins organiques, avec pas mal de volatile.
Alors on peut aimer (ce fut mon cas et je ne suis pourtant pas un fou de vins "nature") ou, en étant plus sensible aux défauts, faire la moue ...

On pourrait dire la même chose pour un Chianti de Giovanna Morganti (question de style - versatile - et de goût personnel).

Mercredi 4 Mai 2016, 12:03 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Herbin dit

Mauss dit
Ouf : sauvé des eaux

:-)))))

I wrote :

"SC : Roagna : ici on dit ne rien faire comme ailleurs (ou presque) et on le revendique. On pratique donc la biodynamie. On laisse souvent la nature gagner les vignes, quitte à se laisser déborder par l’herbe. On vinifie sans (ou avec très peu de) soufre. On cuve ses raisins (très) longtemps. On élève (très) longtemps ses vins, en grands contenants. Et donc le résultat dénote, par rapport à ce que l’on connaît ici ou là : soit en bien avec les cuvées de vieilles vignes de Montefico, Asili et certains millésimes de Crichet Pajé, qui peuvent confiner au sublime et revendiquer le titre de « sommets de leurs appellations » ; ou en moins bien, avec une certaine irrégularité et des problèmes d’acescence en millésimes chauds, ou de vins parfois trop austères, avec des tanins d’une dureté phénoménale (surextraction ? manque de maturité phénolique ?). Une fois le décor planté, on sait à quoi s’en tenir. Mais on ne pourra pas reprocher à Luca Roagna et son père de ne pas aller au bout de leur démarche, de ne pas prendre de risques, ou encore de tricher par rapport à leur discours. A l’amateur de faire ses choix et de les assumer. Pour notre goût, les Barolo La Rocca e la Pira et les Barbaresco Pajé sont souvent un peu trop tendus et nerveux, du moins en jeunesse. Mais les cuvées citées plus haut peuvent être fantastiques et justifier un vrai intérêt, qui devra être d’autant plus motivé que les prix ne sont pas tendres du tout."

Vendredi 6 Mai 2016, 22:12 GMT+2 | Retour au début

Herwig Janssen dit

Mon cher President , pour boire du grand vin , il faut venir en Flandre .
amities Herwig

Dimanche 8 Mai 2016, 13:04 GMT+2 | Retour au début

Mauss répond

D'abord merci Herwig de venir papillonner sur ce blog. Belle fidélité amicale.

En Flandre, j'y étais l'an dernier, chez les Boutelegier avec une visite de Bruges absolument fascinante dans son musée et avec un rappel de l'opéra Die Tote Stadt de Korngold et de l'émission de Stéphane Pizzella "Le Carillon de Bruges".

Tu n'étais, hélas, point disponible.
Je te rassure, je fus reçu "alla grande".

Là, à Bruxelles, ce sont des amis français - personne n'est parfait - mais je peux te dire que leur cave vaut le détour (pas le voyage comme probablement chez toi).

Je crois me souvenir que tu as quelques nouvelles tables à me faire connaître : je suis ton homme en juin. On trouvera une date, non ?

Par ailleurs, prend congé du 3 au 6 novembre. JFCD sera là à Villa d'Este pour une verticale comparative des Perrières et Rougeots. Et idem pour une autre verticale La Tâche et Grands Echézeaux : tu ne peux pas manquer ça !! Même si tu fais cela régulièrement avec tes potes :-)

Et pourquoi pas apporter quelques exemples de Musigny pour comparer les styles de Roumier et Mugnier (et De Vogüé ?) sur un terroir que peut considérer comme un frère un Rayas ?

Va savoir, Charles…

Baci à la famille :-)

Dimanche 8 Mai 2016, 13:19 GMT+2 | Retour au début