La réputation d'un cru doit-elle être uniquement liée à sa capacité de vieillissement (1) ?
Il est d'usage commun de valoriser un vin à sa capacité à tenir au delà d'une ou deux décennies au moins. Si ce ne peut être une condition unique, elle ne peut être écartée, tout le monde en conviendra.
Mais en aucun cas, cela ne doit ostraciser des vins dont la nature même n'est pas de vieillir, ou qui, avec l'âge, prennent des goûts qui peuvent plaire à certains, beaucoup moins à d'autres. Un vin peut être grand à n'importe quel âge : ne jamais l'oublier.
Par contre, on est en droit d'exiger d'un cru qui passe la ou les décennies des qualités gustatives supérieures à celles qu'il nous offre dans sa jeunesse. On a coutume de dire et d'écrire : arômes primaires (les fruits), arômes secondaires (palette aromatique plus complexe) et enfin arômes tertiaires (sous-bois, automne, terre mouillée, champignons) qu'on retrouve étrangement aussi bien dans de vieux bordeaux que dans de vieux bourgognes.
A un certain moment, disons que c'est fondamentalement une affaire de goût personnel. Si on peut comprendre - cas extrême - qu'un François Audouze trouvera toujours des choses là où plein d'autres dégustateurs ne trouveront rien (ou que du médiocre, sinon du "mort"), si on peut comprendre que bien des amateurs veulent rester sur les jeunes arômes de fruits, alliés à une belle puissance, on aboutit très vite à un consensus qui sera de dire : pas de règle en la matière : le goût individuel doit primer.
C'est un peu court. Allons plus loin. Aborder un très vieux millésime (disons au moins 20 ans d'âge), c'est très souvent lui donner d'entrée une valorisation supplémentaire, comme on honore les vieux du village (du moins, au temps où on respectait les vieux du village). Si on y découvre une complexité, des arômes fondus, exotiques ou pas, des pointes d'épices, de safran (sauternes) ou autres, si surtout - le point majeur de Kramer, si j'ai bien compris - si le milieu de bouche garde une structure, un volume réel et n'est pas que squelettique, on a là un vin en majesté, représentant un cépage ou un assemblage et un terroir à la fois, qui sortent totalement de l'ordinaire.
Mais soyons honnête : quel pourcentage de crus arrive ainsi à un épanouissement complexe et total après plus de 20 ans ? Je doute que même dans les plus fameuses appellations, cela dépasse 1 %. Si un Clos Sainte-Hune 1964 est encore sublime, si le Gruaud-Larose 1888 que nous avons dégusté à Tampa avec les Lafite 1890 et 1896 étaient porteurs d'émotions uniques, car loin d'être cadavériques, on rappelera qu'à la session GJE des 1982 "bordeaux" à Las Vegas (en décembre 2001), bien des dégustateurs ont clairement noté plusieurs noms renommés comme étant "over the hill".
Enfin, ne pas oublier que cette valorisation commune des vieux vins est également assise sur leur rareté. On respecte bien plus, on est bien plus indulgent sur ce qui est ainsi très rare et très vieux. C'est dans la logique des choses.
Que conclure ? D'abord que l'approche des vieux millésimes mérite un apprentissage, une éducation, une explication sur l'évolution du vin. On est parfois si loin des caractéristiques si familières des vins jeunes, et on peut comprendre que bien des amateurs feront la moue devant ces ancêtres, si peu fréquentés. Ensuite que, quand même, il est patent que les vignerons dans leur grande majorité, s'attachent à mettre sur le marché des vins qui dégagent de réels plaisirs dans les jeunes années; est-ce que cela pénalise leur capacité d'évolution dans le temps ? Je n'ai pas de réponse sur ce point. Donc, probablement plus de 9O % des amateurs n'ont pas accès à des vins des années 60 ou inférieures. Prix et rareté sont de sacrés barrières en la matière 
Il n'empêche : si vous avez l'occasion de déguster une authentique vieille bouteille, prenez en soin, prenez votre temps, respectez la car vous pouvez tomber sur la magie pure d'un grand terroir, d'un grand cépage et d'un grand vigneron. Cela peut être énorme d'émotions. On vous souhaite ce graal. Ce ne sera pas un voyage en Ferrari, mais en Bentley "vintage". Nuances.
J'aimerai bien un papier de Michel Bettane sur ce sujet.
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Gazzar, à Lausanne, en avait une belle sélection de ces Docteur Barolet ! Mais c'était des vins de la première collection faite après le décès du Docteur, des crus des années d'avant-guerre.
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Hervé Lalau dit | Bien résumé. Les vieux vins, ça s'apprend, ça se mérite... ou ça déçoit. |
Kelly Walker dit | Yes, acidity is certainly not a guarantee of longevity. Many great long lived Bordeaux have had relatively low acidity. Nor is history a guarantee as winemaking has changed over the years even for many of the most esteemed estates. Yet professional reviewers give very specific dates for windows of optimum drinking for wines that have yet to show their true faces. I am right now drinking a beautiful 2004 Paolo Bea Sagrantino di Montefalco Pagliaro Secco. I am sure it will drink much better 10 years from now, maybe even 20. But it is hard for me to describe why I believe that to be true. |
Mauss répond | Thanks kelly : I will start a new section on this subject taking in account your comments as well as those of Hervé. |
Nicolas Herbin dit | Il faudrait aussi parler des effets pervers du mythe du long vieillissement des vins. |






