BIENVENUE SUR Le blog du Grand Jury
RECHERCHE
Accueil> Davos 2009 > Davos du Vin, les séminaires (long) 1
 Gje

Le blog du Grand Jury

Du vin en général, de la gastronomie souvent, et du reste si nécessaire. Mais toujours dans le respect d'autrui. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé : consommez avec modération.

Davos du Vin, les séminaires (long) 1

Mardi 3 Novembre 2009, 10:06 GMT+2Par GjeCet article a été lu 1721 fois

Nous allons essayer de mettre en ligne quelques commentaires sur les séminaires qui ont eu lieu au Davos du Vin.

Lire ci-dessous le résumé du séminaire de Michel Bettane par François Rosenfeld.

Critique œnologique et éthique, ou la déontologie du métier de journaliste du vin.


Pour débuter ce Davos du vin, il paraissait naturel de s'intéresser au rôle de ceux qui, depuis
quelques années maintenant, constituent une interface inéluctable entre producteur, consommateur
et commercialisteurs: les critiques de vin. Qui mieux que Michel Bettane, figure centrale de la
critique oenologique en France et en Europe, pouvait apporter un éclairage actuel sur cette
question?
Premier constat: c'est seulement dans les quinzes dernières années que les journalistes sont
réellement devenus la catégorie la plus importante  de professionnels pour juger le vin. Trois classes
de juges ont en effet composé l'histoire de la critique oenologique, correspondant à trois catégories
bien différentes de compétences et de profils qui se sont succédés dans l'histoire de la critique.


Les trois phases de la critique du vin


La première catégorie correspond naturellement aux acteurs qui, par essence même, sont les mieux
placés pour juger les vins: les professionnels du vin eux même, impliqués dans sa production et sa
commercialisation. De ce fait, durant plusieurs siècles, les producteurs et les courtiers ainsi que les
œnologues ont représenté la catégorie principale de prescripteurs. Il est fascinant de constater que
dès Philippe Auguste, un groupe officiel de « gourmets jurés piqueurs » jugeaient de la qualité des
vins et de l'honnêteté des transactions. L'expertise de ces professionnels est évidemment la plus
naturelle, et heureusement elle s'est exercée pendant très longtemps avec une honnêteté et une
objectivité louable. C'est cette expertise même qui a donné lieu à toutes les grandes classifications
de vignobles que nous connaissons, de celle de Tokay au 17e siècle, à celle des Crus du Médoc en
1855.
La faiblesse de ce système est malgré tout évidente: même si elle ne se matérialise pas, la menace
même du conflit d'intérêt fait peser un soupçon sur les jugements émis par les professionnels
impliqués dans la production et la commercialisation. La séparation des intérêts économiques et des
intérêts de communication s'est donc peu à peu affirmée comme une nécessité.
Mais ce n'est qu'avec le millésime 1982 à Bordeaux que le changement s'est réellement matérialisé.
Lors des dégustations en primeurs de cette année qui s'est depuis révélée exceptionnelle, les
négociants affirmèrent de manière générale que le millésime était médiocre, en opposition face à
certains journalistes. L'année suivante, pour le millésime 1983, ces mêmes négociants essayèrent de
vendre ce millésime comme supérieur au 1982, avec le peu de succès que l'on sait. Dès lors, c'en
était fini de la crédibilité de ce système, et le relais était pris par les journalistes du vin, catégorie
encore relativement récente mais qui avait émergée depuis une trentaine d'année.
La critique oenologique n'était pas un courant unitaire, et deux courants principaux se dégagèrent
assez rapidement au début des années 80. D'une part, la critique d'influence anglaise, encore
fréquemment liée aux marchands de vin. Cette critique, formée par l'Institute of Masters of Wine,
forme des critiques éduqués non seulement à la connaissance du produit, mais également aux
problèmes de commercialisation, de différences culturelles, etc.
Le deuxième courant majeur de la critique oenologique trouva son influence outre-atlantique, dans
la vision consumériste dévelopée dans la droite ligne des théories de Ralph Nader. Les lignes
directrices en sont simples: le public a le droit légitime d'obtenir le meilleur vin possible, au
meilleur prix possible, et tout le reste n'est que fioritures sans intérêt. Si cette approche a pour
principal avantage de ne parler que du vin, et du vin lui même, elle a fini par trouver également ses
limites: à force d'ériger le consommateur en roi du système, le critique est naturellement devenu
dépendant de son public! Et, avec le tournant des années 2000 est venu le moment de « tuer le
père »: le temps était venu de communiquer entre consommateurs sans l'interférence de
prescripteurs externes.
Dans cette tentative des consommateurs finaux du vins de se substituer à l'expertise, passant par les
blogs, forums et autres sites internet, de nouveaux schismes sont rapidement venus s'imposer,
démontrant ainsi le besoin de maturité de ce système qui en est encore à ses balbutiements:
opposition parfois violentes entre tenants de la tradition et de la modernité, querelles idéologiques
entre partisans des vins classiques ou des vins naturels, etc... Si l'émergence d'une certaine expertise
venue du monde des amateurs constitue un phénomène inéluctable, celle ci n'a pas encore trouvé la
sérénité nécessaire pour constituer en permanence une alternative sérieuse à la critique
professionnelle.
Dans les 3 cas, négoce, journalisme, et consommateurs, c'est selon Michel Bettane, le manque de
morale, de déontologie, qui suscite les problèmes. Comment faire dès lors pour résoudre ces
problèmes, tout en conciliant ces trois catégories d'expertise ?


Vers une nouvelle déontologie de la critique oenologique?


Une morale sérieuse autour du vin doit s'articuler autour de 3 points fondamentaux:
– le premier point, c'est d'avoir une bonne connaissance du produit. C'est une connaissance
plurielle, qui ne se limite pas à la technique, à l'économie, à l'agronomie, ou à la
gastronomie; et doit pouvoir englober l'ensemble des domaines qui touchent de près ou de
loin au monde du vin. Ainsi, il paraitrait logique de développer les enseignements de culture
et d'histoire du vin à destination des œnologues, et de mettre sur pied des formations
techniques pour les futurs journalistes, permettant ainsi à tous de partage un corpus de
connaissances minimal.
– Le deuxième point, c'est la connaissance de la communication et de ses difficultés,
particulièrement dans le domaine spécial que constitue la dégustation du vin. Il est en effet
ajourd'hui établi que de grosses différences de sensibilité gustatives existent d'un individu à
l'autre, et dans certaines conditions, une non-communication totale entre tous les individus
serait même envisageable. Le langage étant le seul vecteur de communication utilisable, les
mots du vin doivent être choisis avec un grand soin, afin de représenter le plus fidèlement
possible la sensation: le même mot doit signifier la même chose pour tout le monde.
C'est également le rapport entre les mots et l'individu qui est au coeur de la critique: le
producteur se sent jugé également par les mots qui ne tentent que de décrire un produit, le
vin. Il faut donc utiliser les mots pour que les individus ne se vexent pas, ou inversement ne
se sentent pas « starifiés ». C'est souvent cette recherche de la mesure qui a pu manquer à
l'approche américaine de la critique, dans laquelle le « hype » est presque quelque chose de
fondamental, et où on exagère les qualités comme les défauts.
– Enfin, le 3e axe est le travail moral du critique sur lui même. On a souvent accusé de biais
l'expertise marchande, tout comme le journalisme pourrait être affecté par la publicité. Si
pour les professionnels sérieux ces interférences n'existent pas, le doute existe toujours. Et le
vrai problème est encore plus délicat, c'est d'être indépendant par rapport à soi même,
d'admettre ses erreurs, de ne pas s'autoadmirer, et de se faire la guerre contre la tentation de
l'idéologie (politique, œnologique, etc.). Sur ce dernier point par exemple, une récente
aberration a conduit à ce que, pour les tenants d'une certaine idéologie, des défauts
œnologiques dus à une vinification « naturelle » deviennent des qualités car le vin est
« propre » moralement.
La régulation permanente de la subjectivité est ainsi particulièrement délicate,et pour envisager
l'avenir de la critique de vin d'une façon plus sereine, c'est à un modèle hybride, faisant appel aux
professionnels, aux journalistes, aux œnologues et aux consommateurs, que l'on doit tenter de
s'attacher, en favorisant le dialogue et la consultation entre ces catégories aux compétences
multiples.


Enzo Vizzari: La laïcité du critique


Pour Enzo Vizzari, directeur des guides italiens de l'Espresso, c'est essentiellement la confusion des
genres qui est nuisible à la critique: un journaliste n'est pas un œnologue, et chacun doit afficher
clairement une seule facette, un seul métier. Tout le monde peut en effet parler de tout, mais cela va
surtout montrer l'incompétence des gens, ou le fait que des intérêts plus ou moins cachés œuvrent
derrière le discours tenu.
Au delà de cette séparation des compétences, c'est pour le critique une nécessité fondamentale que
de s'astreindre à un principe de « laïcité » totale et fondamentale, qui consiste pour ce dernier à
manifester une ouverture totale, à une remise en question permanente.
Enfin, les critères de jugement employés se doivent d'être transparents pour chaque intervenant:
sans cela, c'est la crédibilité, et au delà l'existence même de la critique, qui est menacée.
Notation du vin: le système 100 points et son influence
Pour les nombreux participants du séminaire, c'est notamment la question des scores qui est
également au cœur du problème. Le système de notation sur 100pt conduit à une dérive qui mène
certains à s'attacher à la note sans tenir compte des descriptions du vin. Bipin Desai a également
souligné les dérives qui consistent à noter des vins dans des séries de dégustation, alors que les vins
sont destinés à être consommés dans un contexte gastronomique où ils peuvent apparaître sous un
jour complètement différent.
C'est également, selon Stéphane Derenoncourt, à un effet pervers sur les producteurs que mène le
système de scores: la recherche du succès amènerait ainsi fatalement à imiter les vins obtenant des
scores élevés, conduisant inévitablement à une harmonisation et à un appauvrissement de la
diversité œnologique. Cependant, le vin étant un produit marchand, Michel Bettane a rappelé qu'il
est en définitive naturel que le producteur soit en permanence à la recherche d'un compromis entre
ses goûts personnels et les goûts des consommateurs.

Lire d'autres articles de la rubrique

Cet article a été commenté 5 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Nicolas Herbin dit

Salut François,

dis, ça met des renvois à la ligne tout partout, je pense que François (R) devait bosser sous mac pour ses prises de notes : c'est classique de ta marque d'ordi préférés, ces "beugs" !

:-)

En tout cas quel week-end dedjieu, j'en ai encore le cerveau tout retourné : quelle richesse de contenus, et quelles rencontres !

Comme dirait ton idole, le Docteur B, c'était IMMENSSISSIME ! (gigotements de mains et regard de Droopy)

Ce que tu as fait est grand, et ta femme, la grande Marité, mérite un prix spécial du public, pour sûr.

Mercredi 4 Novembre 2009, 23:36 GMT+2 | Retour au début

Mauss répond

On a bien bossé, c'est certain. Gérer 250 individualités, pas forcément facile.

Mais bon, l'essentiel a été une bonne communication entre toutes ces personnalités, malgré quelques fatigues des traductrices devant le flot assez dantesque de Gaja, Derenoncourt et Cristofolini.

Comme d'hab dans ce genre d'événement, le soufflet va retomber un tantinet et comme d'hab, le véritable succès sera le taux de réinscription pour l'an prochain.

Il va falloir prendre en compte les points faibles, les manques, les nouveaux séminaires dont on devra déterminer les thèmes, les speakers, les modérateurs.

On va préparer un rapport complet que j'espère livrer avant la fin de l'année.

Merci de tes appréciations !

Jeudi 5 Novembre 2009, 12:01 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Herbin dit

Pour en avoir recausé avec quelques participants motivés, certains aimeraient des séminaires de 1h30 afin de fouiller davantage les questions/réponses, voire 2 heures.

Remarque perso : à quand un séminaire sur les jeunes et l'avenir du vin ?

Les vidéos des conférences bientôt en ligne sur le nouveau site du DAVOS ?

Best !

Jeudi 5 Novembre 2009, 12:34 GMT+2 | Retour au début

Mauss répond

Holà ! Vous me laissez souffler un peu ?

Ces jeunes générations : des exaltés !

Jeudi 5 Novembre 2009, 15:11 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Herbin dit

Battre le Président tant qu'il est chaud...

:-)

Jeudi 5 Novembre 2009, 16:17 GMT+2 | Retour au début