Parker I et Parker II : évolution du vin ou du dégustateur ?
L'affaire fait un peu de buzz, on l'imagine, notamment pour ceux qui achètent les "points Parker" sans se soucier personnellement du style du cru, sans même le déguster pour se faire une idée personnelle. Perdre ainsi 10 points surtout en partant de 98, c'est assez sévère. On passerait de 88 à 78, cela poserait beaucoup moins de problème, on s'en doute.*
Certes, Robert Parker répond qu'il a changé cette note sans avoir pris la précaution d'attendre 10/12 heures de plus pour regoûter ou qu'il n'a eu accès qu'à une quantité probablement insuffisante pour se faire une opinion totalement définitive. Mais qui peut croire un seul instant qu'un critique puisse prendre ce luxe de précautions et surtout de temps pour agir ainsi avec tous les vins notés ?
C'est d'ailleurs pour cela, qu'à titre personnel, je préfère de loin les notes de Parker telles qu'elles ressortent de ses repas luxuriants décrits dans l'Hedonist Gazette. Infiniment plus intéressantes, car données dans le contexte de la vraie utilisation d'un vin : à table.
Il n'empêche :
Chapeau bas au critique qui n'hésite pas à remettre en cause ses propres notes dans une telle proportion. A ma connaissance, je n'ai guère constaté ce phénomène en Europe. C'est d'autant plus remarquable que l'homme sait parfaitement que nombre de ses thuriféraires le sont parce qu'ils sont certains que ses notes de sorties sont ± inscrites dans le marbre.
Cela peut aller aussi dans l'autre sens, naturellement : augmenter de dix points…
Quelles leçons en tirer en dehors de l'impossible immuabilité des notes de dégustation ?
1 : le vin reste un produit vivant et donc peut évoluer de façon très étonnante, et pas seulement linéaire ou suivant une belle courbe de gauss
2 : les notes de départ, souvent données sur base d'échantillons bus dans des circonstances spécifiques en moins de 3 minutes restent, même étiquette découverte, une photographie ± instantanée
3 : les notes de Robert Parker ne sont pas marmoréennes et l'homme peut avoir aussi son propre goût qui évolue. Comme il reste d'une honnêteté monstrueuse (© Audiard), on risque dans le futur de constater pas mal d'évolutions : d'ici à ce qu'il commence à aimer et apprécier la Bourgogne
mama mia !
4 : faire sa cave à base uniquement de 100/100 "Parker" peut être un risky business. In fine, c'est quand même mieux de toujours confronter ses notes à celles d'autres critiques et de se faire sa propre opinion en dégustant et en assumant ainsi personnellement ses choix.
* = image extraite du site du domaine
Cet article a été commenté 5 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Laurentg dit | En lien avec l'apport d'Herwig, François ... |
Maxime 12000 dit | Je pense que depuis quelques années les notes de Mr Parker servent plus les spéculateurs vineux que l'intérêt des amateurs de vin... |
Mauss répond | J'ai le sentiment qu'on est en train de vivre un changement sensible des relations dans la chaîne : |
Laurentg dit | Je connais des gens qui adorent les Rayas de petis millésimes (2002, par exemple). |
Juergen Steinke dit | In my opinion it is time to realize that one single critic - as experienced and talented he may be - can´t speak for the entire wine world.Many people just give him simply way too much weight. We see that every score and every note Parker ever wrote is monitored. Does anybody believe this single man can be right all the time? That is absolutely impossible - if the man´s name is Parker, Spiderman, Hulahula or Mr. X. Sadly Parker does little to minor his image or status since he lives good from the many people who listen to everything he has to say - if it is something reasonable or not. So he is in a paradox situation - I guess he hates it sometimes that everyone is looking for a mistake he may make - but on the other hand it is part of his commercial success that so many follow him blind. It is probably not easy to be Robert Parker sometimes. |






