Session spéciale du GJE au Laurent à Paris, le 29 juin 09 : résultats
Rappelons le but principal poursuivi:
- vérifier qu’en aveugle totale (aucune information) un vin non classé de Bordeaux pouvait titiller les plus prestigieux crus de la même région alors que 8 années avaient permis à chacun de ces crus de développer leur identité adulte.
Cette idée avait été évoquée à de multiples reprises aux diverses sessions du GJE ces dernières années. Il fallait en plus que cette dégustation se fasse dans des conditions irréprochables :
- des vins exclusivement achetés dans le commerce et non acquis ou échangés dans les châteaux
- la présence d’un homme de loi assermenté de l’ouverture des bouteilles jusqu’à la saisie des notes des dégustateurs
- l’enregistrement complet de la session par une équipe vidéo professionnelle
- la présence de Membres Permanents du GJE représentant au moins 6 pays différents (ce furent : France, Italie, Luxembourg, USA, Espagne, Suisse), toujours dans l’optique de ne pas avoir un point de vue 100% franco-français.
Monsieur Yves Vatelot, propriétaire de Château Reignac, un cru qui, comme Haut-Condissas, Sociando-Mallet, Branas Grand Poujeaux, Haut-Carles arrive régulièrement dans le top de nos dégustations bordelaises, a répondu positivement à notre idée en la finançant. Qu’il en soit remercié.
Il est dommage que la bouteille millésimée 2006 de Reignac était touchée par un bouchon pas net comme ce fut aussi le cas au déjeuner avec un des deux magnums offerts par Laurence et Arnaud Mortet. Il va falloir sérieusement s’attaquer à cette question des faux goûts et aux bouchons défectueux.
Mais au moins, la série fondamentale, les 2001, a pu être dégustée correctement, et c’est elle qui devait témoigner de cette capacité ou non d’un vin non classé à rester dans la course, même après plusieurs années.
En fait, le but principal de cette dégustation est presqu’occulté par la gravissime question des différences monstrueuses pour le même vin, dans le même millésime, selon qu’il est dégusté ici étiquette « ouverte » et là, à l’aveugle totale.
On a lu ici (billet précédent) le juste courroux de Michel Bettane qui ne comprend pas à quel point le même vin peut être à ce point différent. Ne tournons pas autour du pot.
- soit l’aveugle change si profondément l’appréciation d’un vin que cela revient à dire que le dégustateur qui le goûte étiquette « ouverte » est totalement obnubilé par le prestige du cru. Je n’y crois pas une seconde, et pas seulement pour Michel Bettane, mais bien pour tous les membres du GJE. Mes zozos ne sont pas des perdreaux de l’année, loin de là.
- Soit la GD (puisque les vins ont été achetés chez Leclerc) prend un malin plaisir à stocker ses grands crus acquis à prix d’or n’importe où et n’importe comment. J’y crois encore moins et je suis certain que Leclerc va vigoureusement nous dire de quoi il en retourne. Leur réputation est clairement en jeu.
- Soit la propriété produit différentes cuvées destinées à des acheteurs spécifiques. Certains Membres du GJE ne disant rien, y croient en catimini. D’autres ont des soupçons justifiés sur des expériences réalisées dans l’intimité de chais profonds, avec des propriétaires ne comprenant que couic à ces mêmes vins, de même millésime, qui sont si différents au bout de seulement quelques années.
- A titre personnel, ma vue des choses, probablement simpliste, est de croire qu’un propriétaire doit avoir une sacrée dose d’inconscience pour faire cela, tant il y a le risque de la dénonciation anonyme par un employé indélicat ou chagriné, comme cela s’est déjà vu dans le passé. Car, réfléchissons un peu : une telle organisation des mises, des ventes, des lots reste quand même un travail complexe difficilement faisable par un homme seul ou une petite équipe solidaire. Suis-je naïf comme me le répètent tant de producteurs ?
Va savoir Charles !
Il n’empêche : le problème est posé. Cela ne servirait à rien de l’occulter. Là encore, le juge de paix sera une nouvelle session de dégustation, entièrement contrôlée par huissier, avec dégustation de chaque cru en double exemplaire, avec localisation certifiée de son origine : château, négoce, caviste. Ce sera fait.
Revenons à nos moutons. Voici donc les 11 vins dégustés dans le millésime 2001, dans l’ordre des résultats dont la saisie des notes, je me répète, a été faite devant l’homme de loi et filmée.
RANG AOC VINS 2001 PRIX TTC
1 Saint-émilion GCC Angelus 152,13€
2 Bordeaux Supérieur Reignac 14,90€
3 Pauillac Lafite-Rothschild 209,18€
4 Pauillac Latour 418,36€
5 Saint-émilion GCCA Ausone 747,98€
6 Pauillac Mouton-Rothschild 209,18€
7 Pessac-léognan La Mission Ht-Brion 117,93€
8 Pomerol Petrus 1 521,31€
9 Pessac-léognan Haut-Brion 253,55€
10 Margaux Margaux 272,57€
11 Saint-émilion GCCA Cheval-Blanc 316,94€
Saluons la victoire totalement méritée d’Angelus, preuve évidente du travail accompli depuis des années par Hubert de Boüard sur cette propriété familiale. Le classement en GCCB est totalement justifié. Un vins soyeux, élégant, apportant un facteur plaisir qui a été mentionné par plusieurs dégustateurs. Bravo !
En deuxième position, ce fameux Reignac qui va faire jaser, n’en doutons point. Si nous n’avions pas pris les précautions d’objectivité énumérées ci-dessus, que n’aurions nous point entendu comme lazzi et méchancetés profondes. Mais là, pas de bol ! C’est véritablement, uniquement, profondément le résultat infaillible de la dégustation par 14 personnalités compétentes de onze vins dans un contexte d’aveugle totale.
Je ne sais trop si une chaine de TV s’intéressera à notre film, mais les dégustateurs présents vous diront à quel point ce vin les a surpris à tous points de vue : richesse, équilibre, fruité, finale, plaisir. Du grand, du très grand. J'avoue que crânement, les membres du GJE ontpris un uppercut en plein, mais l'ont accepté avec élégance : chapeau à ces messieurs et à des dames ! Ils assument leur choix.
J’ai beaucoup aimé les commentaires sur le Lafite dont chacun a vanté la finesse, la race, la classe naturelle.
Latour a frappé plusieurs dégustateurs par sa cohérence, sa représentativité de l’aoc pauillac.
Ausone, un peu replié en discrétion, sera plus volubile d’ici quelques années, n’en doutons pas.
Mouton a connu quelques remarques sur son boisé encore marqué. On sait que depuis, les choses ont bien changé.
LMHB, puissant à souhait, comme Ausone, semble plus long à se faire apprécier.
Petrus : pour un 100 % merlot, là, immense point d’interrogation. C’est bien simple : personne n’a compris.
Margaux, toujours en finesse, semble lui aussi, comme Mouton, pénalisé par un bois encore trop présent.
Cheval-Blanc, en ces années là, n’était pas au top de sa forme. Tout le monde le sait, à commencer par Pierre Lurton qui a repris les choses en mains comme l’avenir va nous le montrer avec éclat, je n’en doute pas une seconde.
Si je vous dis que je n’ai même pas pu déguster moi-même ! Quelle abnégation, n’est ce pas ! Je me suis vengé avec les deux bouteilles syndicales qui n’ont même pas eu le temps de faire un aller-retour à table, tant c’est parti comme du petit lait. Il est vrai qu’il faisait chaud.
C’est clair : j’ai adoré les principes de cette session. Ce sera refait, mais il va me falloir ruser avec mes zozos car, franchement – et on le voit dans le film – quand j’annonce les couleurs au débriefing, ils ont pour Chimène (bibi) des yeux d’étonnement particulièrement marqués ?
L’aveugle, Charles, l’aveugle totale : le seul juge de paix !
Merci à tous les dégustateurs qui m’ont offert leur temps, à Yves Vatelot qui a financé les coûts, à Wilfred et Kevin qui ont fait l’aller-retour depuis les USA, au Laurent qui nous a reçu comme d’habitude avec professionnalisme et surtout avec affection (c’est si rare de nos jours).
Merci aux équipes de tournage et à l’homme de loi scrupuleux comme un grand tabellion !
CLASSEMENT DES 2006 (Reignac éliminé pour défaut de bouchon)
1 - Haut-Brion
2 - Angelus
3 - Ausone
4 - Cheval-Blanc
5 - La Mission Haut-Brion
6 - Margaux
7 - Latour
8 - Mouton-Rothschild
9 - Lafite-Rothschild
10 - Petrus
Il reste intéressant de voir le classement global, les deux millésimes confondus :
MILL AOC VINS
1 2001 Saint-émilion GCC Angelus
2 2001 Bordeaux Supérieur Reignac
3 2006 Pessac-léognan Haut-Brion
4 2006 Saint-émilion GCC Angelus
5 2006 Saint-émilion GCCA Ausone
6 2001 Pauillac Lafite-Rothschild
7 2006 Saint-émilion GCCA Cheval-Blanc
8 2006 Pessac-léognan La Mission Haut-Brion
9 2001 Pauillac Latour
10 2001 Pessac-léognan La Mission Haut-Brion
11 2001 Pauillac Mouton-Rothschild
12 2006 Margaux Margaux
13 2006 Pauillac Latour
14 2001 Saint-émilion GCCA Ausone
15 2006 Pauillac Lafite-Rothschild
16 2006 Pauillac Mouton-Rothschild
17 2001 Pomerol Petrus
18 2006 Pomerol Petrus
19 2001 Pessac-léognan Haut-Brion
20 2001 Margaux Margaux
21 2001 Saint-émilion GCCA Cheval-Blanc
QUELQUES PHOTOS

Pegouret, toujours au sommet

De saison

Ils travaillent dur !

Une équipe pro pour la mémoire

Bourguignon et Poussier, Burtschy et Caroline. Vialette rêve au fond !
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Laurentg dit | Très belles notes pour moi au GJE Malartic Bordeaux 2006 : |
Mauss répond | Sérions : les grands chênes n'ont rien à voir ici |
Alain Bringolf dit | Bravo François! |
Vrygi dit | J'ai découvert le GJE il y a quelques mois par l'intermédiaire du rapport de la session de dégustation tenue du 3 juin au 31 mai 2005 à Chamonix qui concernait déjà les Bordeaux 2001. |
Mauss répond | Alain : |
Bernard dit | J'ai moi aussi acheté LTC 2001 suite à cette session des 2001 . Je les ai pris en magnum car à la même époque O. Poussier expliquait qu'il prenait ses crus bordelais en magnum , sachant que les chateaux mettent leurs meilleurs lots dans les grands formats . |
Mauss répond | Bernard : |
Laurentg dit | Tu devrais plus souvent venir sur ce blog, mon cher Alain ... |
Juergen Steinke dit | Thank you for this interesting report. The ranking of Reignac is stunning and rather unbelievable. |
Bernard dit | Cher François |
Bernard dit | François |
Paganini dit | Bravo pour cette initiative très intéressante bien que je regrette qu'il n'y ait pas eu plus de vins "pirates" et que le pirate soit pris dans la sacro-sainte short liste (Haut Condissas, Haut Carles, Reignac, etc ...). |
Michel Bettane dit | Je confirme. Un seul point me navre, si on exclut Reignac 2006 pour cause de bouchon on pourrait aussi le faire pour quelques 2001 et 2006 moins généreusement écartés et qui souffraient sans doute du même défaut: une discussion avec les bouchonniers s'impose, tout autant qu'avec les propriétaires et les distributeurs. |
Mauss répond | Michel a raison : il a noté, avec son sens particulièrement aigü du vin "touché" que d'autres crus avaient des insuffisances notoires. |
Mauss répond | Bernard : |
Hervé Bizeul dit | Après un peu de réflexion, ce qui me dérange le plus, cher François, c'est quand tu dis : "les autres vins se goutaient correctement". |
Hervé Bizeul dit | Il me semble tout naturel de ramener les vins bouchonnés au supermarché qui te les a vendus, au fait. Le produit n'était pas conforme et la contestation serait là imparable. Il y a obligation du code du commerce à fournir un produit conforme. |
Mauss répond | Hervé : |



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