Casanova di Neri: Anatomie d'un mythe ?
Giovanni Neri commenca l'histoire en 1971 en achetant un domaine relativement important à l'époque, à Montalcino. Au fur et à mesure, d'autres parcelles furent achetées, et le domaine compte maintenant 36 hectares environ, avec 4 zones de productions différentes:
-Pietradonice, à Castelnuovo dell'Abate
-le Cetine, à Sant'Angelo in Colle
-Cerretalto, un amphitéatre naturel de vignes, à coté des batiments et de la rivière Tasso
-il Fiesole; en face des batiments de la propriété.
Les altitudes moyennes des parcelles sont en générales entre 250 et 350 mètres.
Aujourd'hui, la production est dirigée par le fils de Giovanni, Giacomo, et le style des vins s'est sensiblement modernisé, avec notamment un recours au fût de chêne français, à la place des foudres de grande contenance en chêne slovène.
C'est assez récemment que le domaine a accédé à la célébrité, avec l'aide du Wine Spectator et de son chroniqueur italien, James Suckling. En effet, le WS a nommé le "Tenuta Nuova 2001" Wine of the Year en 2006, et décerné un 100/100 au "Cerretalto" dans le même millésime…
Nous étions donc impatient de nous approcher de cette supposée perfection…
Les vins sont dégustés étiquettes découvertes, et servis à 16/17°. Les vins sont décrits dans l'ordre de dégustation.
*Brunello 1999
Robe rouge assez sombre, disque légèrement brique, belle viscosité. Nez épicé, légèrement animal, cerise compotée, léger coté médicinal; l'ensemble manque un peu de précision, et l'alcool apparait légèrement dissocié. En bouche, notes de cèdre et de tabac dominantes, tannins légèrement rustiques, fraicheur en finale. Relativement traditionnel et un peu simple. 86+
*Brunello 2001
Robe un peu plus jeune que le précédent. Le nez est plus intense, sur le réglisse, le raisin sec et les fruits noirs. Un léger coté viandé/truffé est également présent. En bouche, structure bien plus imposante que sur le 99 mais avec des tannins légèrement asséchants en finale. Finale un peu courte. 87
*Pietradonice 2003 (cabernet sauvignon avec une touche de sangiovese)
Robe opaque, d'un rubis presque noir. Le nez est très fermé au début et se dévoile petit à petit, avec des notes de cassis très mur, de menthe, de fruit confituré; portant la signature du millésime. Ceci se retrouve en bouche, avec un vin très concentré, mais des tannins d'une belle finesse, une note de goudron et de fruit noir qui domine. Forte amertume en finale. Un vin relativement massif et un peu international, sans vraie âme. Plutôt bien fait cependant mais absolument pas mon style. 88
*Tenuta Nuova 1998
Robe rubis noir relativement profonde. Nez délicat et complexe, présentant pour la première fois des touches florales (violette, rose). En bouche, tannins fins mais légère astringence en finale, belle fraicheur en fin de bouche mais encore une fois une amertume un peu déplaisante. Un vin plus complexe que les précédents, agréable, mais pas "grand". 89
*Cerretalto 1999
Joli nez très délicat, floral, notes d'iris et de rose fanée; subtile touches légèrement truffée et viandée derrière. En bouche, tannins d'un très beau soyeux, belle profondeur aromatique, et longue finale tendue par une belle acidité, très légère touche "métallique" cependant en finale. Un vin relativement harmonieux, et de la personnalité. 91
* vin "pirate" : Brunello di Montalcino Talenti Riserva 1995
Robe encore relativement jeune mais au disque légèrement brique. Nez délicat, balsamique, touches florales. En bouche, une certaine rusticité de tannins est évidente, mais le vin possède du caractère et est relativement équilibré. 89+
*Tenuta Nuova 2001
Robe rubis noir assez profond. Le nez est concentré, sur des touches de fruit noir, de mure, de prune et de réglisse. En bouche, les tannins sont superbes et fins, l'acidité donne de la vigueur, mais le vin reste relativement massif. Un vin intéressant, très bien fait, mais sans réelle spécificité (à mon avis). 92
*Cerretalto 2001
Robe opaque, quasiment noire. Le nez intense, sur la mûre écrasée et le graphite. En bouche, les tannins sont ulta fins, le milieu de bouche est charnu avec un joli fruit et une touche de graphite, et l'acidité qui sous tend le vin porte une finale relativement longue. Probablement le vin le plus complet de la soirée, mais la encore, un peu trop "monodimensionnel" à mon goût.
Bilan et tentative de conclusion:
Après toute cette soirée, pour moi, la déception est claire: ces vins ont quand même reçu des distinctions énormes de la presse internationale (pas seulement le WS d'ailleurs), et coutent un prix astronomique ( plus de 100 € ou de 200 € pour le Cerretalto par exemple selon le millésime).
Leur caractéristique commune est d'être trop… communs justement, avec un caractère qui, à mon avis, fait cruellement défaut: ces vins sont d'esthétiques fantômes, techniquement parfaits, mais à qui il manque une âme pour qu'ils soient réellement habités et atteignent la dimension supérieure.
Seconde observation, le changement stylistique au début des années 2000 a permis d'obtenir des vins peut être un peu plus précis et purs, surement un peu plus internationaux aussi, mais cela ne suffit pas.
Cela peut il être relié à l'œnologue maison? Carlo Ferrini est une vraie star de l'œnologie en Italie et particulièrement en Toscane, où il conseille bon nombre de domaines relativement modernes dans leur approche: Fonterutoli, Castello di Brolio, Castello di Terriccio…. Mais il est aussi présent ailleurs en Italie, et particulièrement en Sicile, chez Donnafugata ou Tasca d'Almerita. Loin de moi l'idée de faire un procès ridicule et outrancier, à la manière de Nossiter dans Mondovino, car je suis bien lien de pouvoir juger l'ensemble de ses vins. Mais peut être son style de vinification est il particulièrement sensible sur ces cuvées précisément, surtout lorsqu'elles sont dégustées jeunes? Ferrini indique rechercher l'élégance dans ses vins, et on ne peut en effet pas leur reprocher d'être "vulgaire": les tannins sont excessivement fins, aucune lourdeur véritablement excessive n'est à déplorer, et en général une certaine fraicheur est sensible dans le vin.
Un mystère donc pour moi, en tous cas à ce stade. Peut être cela correspond-il également à un manque d'éducation au Brunello, que je déguste relativement rarement? Vos réactions m'intéressent.
Cet article a été commenté 13 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Mauss dit | Merci FrançoisR de ce rapport particulièrement complet et explicite. Voilà ce que j'attends, fan de zou, de la part des Membres du GJE : merci. |
Lalau Hervé dit | J'ai dégusté en Maremma un autre vin de Carlo Ferreri, Poggio Verrano. Tout à fait recommandable: Dromos 2006 |
Mauss dit | Dromos : on connait bien ce cru au GJE où le propriétaire est venu nous le présenter deux ans de suite. |
Lalau Hervé dit | Il semble s'affiner avec les années. 2006 était mieux, à ce titre. |
Yves dit | Le mexicain n'est pas malade au moins?? presque 22 heures et rien, même pas un centaine de lignes et 200 vins analysés, rien !!!il n'aurait pas trop fêté la victoire de Dany le rouge au moins??, |
Laurentg dit | Pas malade, Yves ! |
Mauss dit | Là, Yves, c'est de la provoc avec grosse bertha. |
Francesco dit | Merci François pour tes notes très centrées de notre soirée. |
Juergen Steinke dit | I own and like the 1995, 1997 and 2001 Tenuta Nuova. The prices remain resonable and the style is modern IMO but their Tuscan character is absolutely obvious. Balanced wines with freshness, nice fruit, good development in the bottle and some complexity. The formula for very good wine IMO. |
Christian Roger dit | Je ne suis pas étonné du résultat de cette dégustation. En Italie, les amateurs de vins n'ont jamais pris au sérieux la notation de Wine Spectator faite par un journaliste qui vit à demeure en Toscane : "vin de l'année" et puis quoi encore? vin du siècle tant qu'on y est! A Montalcino meme, les producteurs (qui pourtant ont bénéficié de la retombée d'image sur l'AOC) rigolent bien en suggérant d'aller voir où sont situées certaines vignes. Le vin est technique, bien fait, lourd, boisé et massif; sans interet. |
Laurentg dit | Christian, |
Francesco dit | Je dois admettre que sur certains millesimes recents (et egalement sur le 2004), exception faite pour le 2001 qui me semblent un vin plus fin, Biondi Santi avait joue' l'exces d'austerite, ce qui faisait craindre que ces vins ne puissent jamais devenir plus "abordables". |
Christian Roger dit | Il y a longtemps que je n'ai plus gouté le Biondi Santi 1997. J'en ai une bouteille à la cave que je vais gouter aujourd'hui ou demain car cela m'intéresse de vérifier l'évolution et de comparer avec la description de Pierre Citerne. Affaire à suivre ... |







