Didier Dagueneau
Je connaissais plus ses vins que l'homme, rencontré ici et là dans des salons, notamment dans les caves saint-émilionnaises du château Belair.
Il y était toujours très entouré, avec un style qui correspondait parfaitement à son image et ce qui me frappait le plus c'était cette pépite d'enfant qui restait dans son regard.
Jacky Rigaux (ne manquez pas ses livres si précis sur la Bourgogne et sur son pote Henri Jayer) connaissait bien Didier Dagueneau. Avec sa permission, je publie ci-dessous le mail qu'il m'a envoyé hier, alors que je faisais un AR à Vérone pour une dégustation de "bollicine".
Bonjour François,
Peut-être as-tu déjà l'information. Didier Dagueneau s'est tué en ULM
hier. Terrible nouvelle. La planète vin perd un de ses grands ambassadeurs.
Je suis de là-bas. Je connais Didier depuis toujours, j'étais un ami de
sa mère décédée dans un accident de la route quand Didier avait 14 ans.
J'ai suivi avec plaisir tout son cheminement. Il m'a demandé de
l'emmener chez les plus grands de Bourgogne à ses débuts, puis il m'a
emmené chez tous les grands qu'il rencontrait. Avec ses questions
toujours pertinentes, son exigence extraordinaire, il a largement
contribué à façonner ma culture du vin et du terroir.
Je garderai tout particulièrement en moi ces descentes de cave chez le
doyen des vignerons de Pouilly, octogénaire radieux, qui nous disait
toujours en fin de rencontre "on en boirait bien une petite dernière,
une d'avant la guerre. Mais de laquelle ?" C'est avec Monsieur Chabanne
que Didier et moi avons dégusté les plus vieux Pouilly, toujours
succulents. C'est lui, avant Henri Jayer qu'il a connu plus tard, qui
lui a fait comprendre qu'un grand cépage, parfaitement adapté à un lieu,
travaillé selon "les bonnes pratiques" pouvait donner un vin qui
vieillit admirablement.
C'est chez Didier que j'ai vu le premier dynamiseur biodynamique, mais
Didier n'était d'aucune école comme il aimait à dire, lui qui, sur son
papier à entête mentionnait "Ancien Elève de Maternelle". C'est lui qui
a relancé l'élevage en fût, plus précisément en "tonne", le fût de 500
litres d'antan. C'est lui qui a retrouvé le chemin des rendements
modérés... au cep, et non à l'hectare, c'est lui qui a relancé les
vendanges manuelles. C'est lui qui a relancé une viticulture locale "par
climats"...
Didier venait de restaurer le Temple de Saint Andelain pour en faire un
lieu culturel. On y a relancé notre Oeno-Club Pouilly-Sancerre, créé au
début des années 1980, et qui avait été mis en sommeil. Une fois par
mois ce Club fonctionnait. On l'avait relancé l'an dernier avec le
Chambertin. Régulièrement, en alternance, des concerts de musique
étaient organisés.
Didier aimait la vie, la convivialité. Il était un ami fidèle. je venais
de le décider à faire un livre "Didier Dagueneau, vigneron à Pouilly".
J'espère pouvoir le faire pour contribuer à faire vivre son oeuvre
immense. Il a réveillé le terroir de Pouilly, et Sancerre le voisin en a
profité. Il a largement contribué au réveil des terroirs du monde. Il
aimait transmettre, et regrettait de n'avoir pas fait école à Pouilly
même... Nul n'est prophète en son pays.
Didier tu nous manques déjà.
Je viens de perdre deux amis intimes, l'un génie du rouge, Denis Mortet,
l'autre génie du blanc Didier Dagueneau. Deux artistes, deux êtres
exceptionnels, deux personnalités hors du commun qui marqueront le
renouveau de la viticulture de haute qualité au XXIème siècle, un
viticulture "Haute Couture" !
Bien à toi
jacky
Très belle photo sur le blog de Perrin.
Cet article a été commenté 7 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Gabriele dit | Silex, forse l'unico vino al mondo che riconoscevo sempre al 100 % in degustazione cieca! La più grande espressione di sauvignon e di terroir. |
Michel bettane dit | Didier était pour nous tous le modèle de ce que doit être un grand vigneron moderne, respectueux de son terroir mais aussi maître de sa technique, comme un grand instrumentiste. Interpréter noblement un terroir noble il savait le faire mieux que tout autre et sa disparition est une tragédie. |
Eric rocco dit | Comme le dit Jacky RIGAUX, Didier Dagueneau était "hors du commun". Ce sont des êtres de cette trempe qui font avancer les choses, dédaignant les critiques et jalousies inévitablement semées autour d'eux. L'homme pouvait être chaleureux, mais ne mâchait pas ses mots... Il était assurémment dans le vrai, par sa démarche de vigneron artisan, artiste même, à l'exigence absolue. |
Didier buffet dit | Didier Dagueneau était un grand homme, proche de mon Daniel Etienne Defaix, un autre grand et de Jacky Rigaux, un de mes maitres..Paix à son âme. Il est mort en tentant une dernière fois de s'élever...après avoir élevé son vin aux confins du firmament. Il a été rappelé pour être le maitre de chaix du Très Haut. |
Vatan vacheron marie-claude dit | Oh oui Jacki Rigaud, tu as raison de dire qu'il nous manque déjà par ses questionnements profonds et spontannés, ses réactions à l'emporte-pièces qui surprenaient et faisaient réagir ses collègues vignerons. |
Marcilhac Vincent dit | C'est avec tristesse que j'apprends la mort de Didier Dagueneau, dont les vins sont exceptionnels ! Merci à Jacky Rigaux de nous les avoir fait découvrir lors d'une conférence-dégustation mémorable, il y a tout juste un an. |
Laurentg dit | Une petite pensée hommage particulière vendredi soir dernier chez IVV, dans une longue série de grands vins .. |






