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Une proposition d'Angelo Gaja suite aux problèmes rencontrés à Brunello

Mercredi 27 Aout 2008, 15:41 GMT+2Par GjeCet article a été lu 2418 fois
La FIJEV, organisme des journalistes et écrivains du vin, nous signale qu'Angelo Gaja propose, comme une des possibles solutions à la crise que connaît la région de production des Brunello di Montalcino, qu'on autorise enfin les grands Domaines à pouvoir rajouter d'autres cépages, dans des proportions à définir, au sangiovese, cépage historique de cette appellation de prestige.

Comme le souligne l'information de la FIJEV, cela semble donner une prime aux tricheurs et creuser le divorce entre petits producteurs et grosses maisons comme Banfi.

C'est aussi ajouter une confusion inutile auprès des consommateurs. Il est certes difficile d'avaler le fait qu'on y associe des raisins venant des Pouilles ou de Sicile. Il est plus complexe de bannir totalement que certains, pour "coller" au marché, ont mis comme d'autres en Chianti, quelques grappes de merlot ou autres cabernets.

En fait, on tombe là sur un problème récurrent en France et en Italie : comment adapter des lois dictées par d'autres impératifs qui étaient d'actualité dans les années 30/40/50/60.

L'amateur est parfaitement conscient que le système des AOC et des DOC/DOCG n'est plus (s'il ne l'a jamais été) un garant qualitatif. Il reste néanmoins un rempart protégeant quelque part des acquis historiques résultant d'empirismes qu'il ne faudrait pas jeter avec l'eau du bain.

Plusieurs éclairages peuvent être légitimement mis en avant :

   - la qualité intrinsèque d'un vin ne peut être certifiée par une loi ou un décret. Cela doit rester le résultat d'une passion, d'un travail, d'un idéal. Si un Deiss passe outre car il a des idées particulièrement particulières, et bien, qu'on le laisse faire : le marché sanctionnera. Mais attention : il est nécessaire - ce qu'il a toujours fait pour garder son exemple - de tenir informé qui de droit. La loi et le décret doivent alors se limiter à mettre des gardes-fou là où c'est nécessaire. Certes, ce n'est pas en un post de blog qu'on va établir ces remparts qui méritent débat. Confer à ce sujet le très beau texte, incisif, de Michel Bettane sur la typicité dans la deuxième édition du Guide BD.

   - le consommateur a besoin de repères simples à comprendre : il faut donc garder ces lois et décrets dont on a plus ou moins une vague connaissance, quitte à bien préciser qu'en aucun cas, ce ne peut être un critère qualitatif. 

En fait, on voit que tout cela tourne autour de l'information. Une bonne partie de celle-ci peut faire l'objet de contre-étiquettes où on pourra préciser a minima les cépages utilisés, et dans quelles proportions.

Un des problèmes lancinant qu'évoque alors la profession est le fait que se mettre volontairement en-dehors du système des AOC, quand c'est possible, peut entraîner, de la part du consommateur, un phénomène de rejet, alors que les VDT italiens - qui sont vite devenus "super-toscans" - ont montré qu'on pouvait être en-dehors et établir de belles réputations.

Mais comme rien n'est simple : alors pourquoi a t'on créé une DOC Bolgheri et Bolgheri Superiore ? 

Bizeul a fait également un très bel article sur le sujet sur son blog. 

Dans le même esprit, on reproche souvent à la Bourgogne d'avoir un système d'appellations compliqué à souhait et chacun d'y aller de sa plume ou de sa langue pour demander une simplification de la chose.

Mais en même temps, discutez avec un amateur coréen ou japonais ou américain : il adore ce système, il l'étudie à fond au point de lire sur le site du grand Bob des pages et des pages où on discute l'historique de La Cabotte de Bouchard qui serait ou non un morceau du Montrachet qu'on aurait écarté pour d'obscures raisons. 

Rien n'est simple… et à titre perso, je dis : tant mieux : c'est bien plus joli et fascinant d'ergoter autour de belles bouteilles témoins des plus et des moins entre le Chambertin Clos de Bèze et le Chambertin !

Mais s'il y a un domaine où la discussion doit primer, c'est bien sur ce sujet des AOC/DOC-DOCG et éventuellement des DO en Espagne (ton avis, Victor ?)  et au Portugal où une petite révolution des vins du Douro est en train de se dérouler avec la mise sur le marché, notamment par Dirk van der Niepoort de crus bien intéressants en dehors de ses grands portos.

Vos avis ? 

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Tu as bien synthétisé le problème François. En même temps, il ne faut pas trop se gargariser avec l'historicité du sangiovese toscan : il y a eu tellement de mutations et, surtout, de sélections destinées à privilégier certains types de sangiovese à gros rendement que, la région du Chianti l'a compris depuis longtemps, le sangiovese in purezza est peut-être un leurre. Je déjeune demain avec Angelo Gaja. On en reparle bientôt.

Mercredi 27 Aout 2008, 18:46 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Mission : essaie de demander au Grand Angelo (tu sais qu'il commence à devenir un Sage ? : Oh, pas trop : il a toujours en tête ses comparaisons féminines pour oreilles majeures) qu'il te communique le texte exact de son intervention : cela méritera publication sur ton blog.

Mercredi 27 Aout 2008, 19:23 GMT+2 | Retour au début

Bonjour François,

j'ai suivi de près au cours de ces derniers jours les discussions en Italie qui ont fait suite aux enquêtes sur le brunello et les déclarations de Angelo Gaja.

Je trouve que votre résumé a la capacité d'aborder la question de plusieurs points de vue (belle image du consommateur de vin japonais qui se passionne au compliqué systèmes des appellations en Bourgogne..)

D'autre part, j'ai, dans des sites italiens et dans mon blog bruxellois, critiqué assez fortement le texte de Angelo Gaja et cela pas seulement car je considère que également dans la composition du Brunello en 100% Sangiovese Grosso (même si, comme Jacques Perrin remarque, avec des variables génétiques) réside le caractère de ce vin mais également car les arguments utilisé par M. Gaja me paraissent encore moins convaincants, notamment le fait de dire qu'il faut "aider" avec d'autres cépages certains producteurs qui, même s'ils rentrent dans l'appellation "Brunello", ne possèdent pas les meilleurs terrains pour le produire.

Je crois que les producteurs qui n'ont pas des bons terrains pour produire du brunello à base Sangiovese doivent tout simplement produire des IGT à base Merlot, Syrah, Cabernet (et Col d'Orcia avec Olmaia est l'example d'un bon travail).

La qualité ne se mesure pas dans le "Displinare", il est vrai, mais le caractère du vin oui. Je crois que la voie tracée par M. Gaja (qui est sorti des denominations sans perdre son suivi) est la voie à suivre.

Vendredi 29 Aout 2008, 11:26 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

J'attends le texte complet d'Angelo que ne manquera pas de me communiquer le Grand Jacques pour aller plus avant sur ce problème, finalement assez européen.
En tout état de cause, votre propre commentaire, frappé au sceau du bon sens est une belle défense des "petits" qui n'ont pas les armes des grands pour forcer une solution dans un sens ou dans l'autre.

A suivre…

Vendredi 29 Aout 2008, 11:42 GMT+2 | Retour au début