Du paternalisme de Denis Saverot à l'indulgence plénière de Michel Dovaz
C'est toujours intéressant de lire le dernier opus de la RVF : on y apprend plein de choses.
Denis Saverot, son très sage et consensuel rédacteur en chef et son bouillant "ancien", Michel Dovaz, ont publié des articles méritant toute notre attention dans le numéro de juin 2008.
Denis Saverot évoque dans une grande sagesse consensuelle les errements éventuels des dégustations à l'aveugle, non point celles qui touchent les vins du vulgus pecus, mais celles de la grande noblesse du vignoble français.
Comme nombre de journalistes - et ils sont bien plus nombreux qu'on ne le pense - Denis Saverot cherche à comprendre pourquoi ses affidés de la RVF ne sont pas toujours capables de donner à l'aveugle de bonnes notes aux vins prestigieux dont la réputation, l'image, l'histoire, ne doivent en aucun cas être confondus avec la masse des anonymes ?
Alors, vient l'argument classique : les grands vins ont la délicatesse de jouer à cache-cache avec le dégustateur en lui infligeant la honte de sa vie, incapable qu'il est de découvrir sa majesté le GRAND CRU tant qu'il n'a pas vu l'étiquette !!
A l'exception des quelques très rares nez et palais que compte cette planète, il est certain qu'il n'y a rien de plus difficile que de retrouver dans un vin jeune son réel potentiel d'ici à dix ou vingt ans. Et donc, pan sur le goulot : le dégustateur écrit et note n'importe comment un seigneur du vignoble.
Attention : faut pas pousser le journaleux dans les orties : ce n'est pas de sa faute. C'est la faute du vin qui se tapit dans un anonymat impeccable et se fond dans la masse des sans grades. Et comme d'hab, on cite Lafite, n° 1 à ce jeu de cache-cache.
Il est donc normal - CQFD - d'accorder à ces vins de référence quelques points supplémentaires justifiés par leur histoire, mythologie, millésimes passés, terroirs et autres réalités reconnues.
Aller contre ce besoin de correction serait effectivement un non-sens. Encore faut-il modestie et raison garder. Et donc avouer que c'est par l'incompétence de juger du potentiel d'un vin qu'on en est réduit à ce stratagème qui, quoiqu'on en dise, est un sérieux biais dans la notation des vins, car on n'applique ces corrections qu'à l'aristocratie du vignoble, ce qui est une profonde injustice. Du moins, cela me semble évident.
Du coup, j'adore la galipette de Michel Dovaz (sa soyeuse crinière blanche évolue magnifiquement : un véritable héros wagnérien) qui introduit avec bonheur deux éléments :
- la nécessité de prendre en compte le facteur plaisir créé dans notre cerveau par la conjonction de toutes nos connaissances sur le cru (on ne déguste pas Petrus comme Bad Boy). Et in petto, ce facteur permet immédiatement d'accorder les violons entre la note du critique et le point de vue de l'amateur qui lui, déguste devant l'étiquette.
- la sagesse de ne jamais oublier que l'homme, dans la perception des sens, est très loin d'être achevé. Quelque part, on est encore des bourrins, ou tout comme.
Et donc, la synthèse entre Saverot et Dovaz doit pouvoir s'écrire, se lire, se comprendre : oui, le dégustateur est loin d'être parfait; oui, il doit quelque part intégrer d'autres facteurs que sa simple analyse technique, mais oui, trois fois oui, il se doit, autant que faire se peut, d'appliquer les mêmes règles à tous.
Après tout, on a bien eu Sociando-Mallet qui a tenu la dragée haute à plus d'un classé dans les décennies 80 et 90, on a bien eu des Villages de Denis Mortet qui ont assassiné des grands crus de Domaines où la sieste estivale est élevée au rang d'ardente obligation; où une simple syrah suisse renvoie à la niche les noms les plus en vue du Rhône sud, etc, etc.
Ne l'oublions jamais ! Modestie et honnêteté doivent nourrir en permanence le journaliste du vin.
On ne le redira jamais assez : modestie avant tout !






