J'ai des amis belges
Oui, j'ai des amis belges, en particulier Herwig Janssen, Membre du GJE.
Herwig est un sérieux. Quand il parle de vins, il parle de ce qu'il connait, un peu comme Kevin Shin ou Kelly Walker.
Herwig est un sérieux. Quand il vous invite à table, c'est toujours chez un très grand.
Herwig est un sérieux. Quand il vous invite, c'est entouré de quelques pointures de son niveau, ce qui n'est pas peu dire.
Herwig est un grand rigolo, car il adore vous piéger avec des vins pas piqués de vers !
Nous voilà donc attablés, tôt (en Belgique, la table est chose sérieuse : on s'y assoit vers les 19h00), au restaurant Hof Van Cleve du chef Peter Goosens, un jeune gamin ayant déjà *** au Michelin, et certainement une des plus belles tables d'Europe.
Nous sommes 6 : chiffre particulièrement raisonnable pour de joyeuses discussions autour de quelques crus d'anthologie. Les commensaux sont des professionnels du vin avec caves particulières à 5 chiffres.
Je vous l'ai dit, on est dans du lourd.

Un Deutz pour la mise en bouche
Un Bollinger VV 1996
Un très rare saké
Bâtard Montrachet d'Anne Claude Leflaive 1992
Bienvenues Bâtard Montrachet d'Anne Claude Leflaive 1992
Montrachet DRC 2001
Pichon Comtesse 2005
La Mission Haut-Brion 1989
Haut-Brion 1989
Richebourg DRC 2001
La Tâche 2001
Vosne-Romanée Cros-Parentoux d'Henry Jayer 1985
Suduiraut Crème de tête 1959
D'Yquem 1970
A ce niveau, les amis, on atteint parfois les sommets qu'on espérait, mais parfois aussi des étonnements négatifs ou positifs.
Les arguments vont bon train. Traversant en ce moment une période de fruité intense, tout en dentelle et légèreté, avec les vins de Mugnier (Amoureuses et Musigny) comme références, j'ai eu du mal à positionner, comme Herwig, le Jayer au-dessus du Richebourg et du La Tâche qui ont été mes Champions du jour. De pures beautés. Une grâce infinie. Des vins à déguster en silence. On est vraiment là dans le sublime. Etonnant de constater à quel point, ce jeune millésime de la DRC est facile à déguster. Pas une pointe d'agressivité, pas une seule lourdeur ou de tanins trop présents. Pas de bois dominant (encore heureux !), bref, le GRAND CRU par excellence.
Mais commençons par le Bollinger 96 VV. On sait qu'il s'agit là d'un millésime de référence, et pour longtemps. Dom Pérignon y est exceptionnel aussi. Chez Bollinger, il y a un côté vineux que j'adore, alors que d'autres préfèrent - et de loin - le champagne rafraichissant, plein de légèreté, sur la bulle, sur la finesse. Je les soupçonne, ces gens là, de préférer ce style léger eu égard à une consommation plus que régulière !
Bref, j'aime.
Viennent ensuite les deux Leflaive, du célébrissime millésime 1992. Quelle différence entre ces deux bouteilles ! La trace incontestable des terroirs, car il est évident que Madame Anne-Claude porte les mêmes soins attentifs à ses deux vignes !
Si le Bâtard dégage une richesse et une complexité inouïes, une longueur portée par des vagues aromatiques successives, le Bienvenues offre une structure plus retenue, une minéralité plus présente, une race moins généreuse, certes, mais d'une classe imposant le respect. Toute grande bouteille. Merci Herwig !
Le Montrachet 2001, bien que plus jeune, apporte incontestablement une dimension supplémentaire par une profondeur magique, un déroulé d'excellence cajolé de part et d'autres de sensations multiples et diverses, avant de s'envoler sur une finale d'anthologie (pour son âge).
IL y a sans doute une hiérarchie des grands Montrachets pour ceux qui les fréquent régulièrement, ce qui est loin d'être mon cas. Je garde en souvenir l'immense 1992 de Dominique Lafon dégusté par deux fois chez Troisgros et quelques Cabotte de Bouchard qui tiennent particulièrement bien la route.
Mais avec la version du Domaine de la Romanée-Conti, on atteint une expression du chardonnay qui en fait probablement, pour les grands amateurs, "LA" référence bourguignonne incontestable. Merci messieurs De Villaine, Noblet et Cuvelier ! Grâce à vous, notre génération peut apprécier ce cru placé au sommet par le grand Curnonsky.
On passe aux rouges, en se faisant la bouche sur un Pichon Comtesse 2005 (servi un tantinet trop chaud à mon goût) dont le gras déborde un peu, au détriment d'une finesse qu'on aime bien lire dans ce classé de Pauillac. Le potentiel est là, mais manifestement, un vin qui doit être carafé au moins 5 à 6 heures avant dégustation. Il va falloir travailler ce point pour la prochaine session du GJE qui,justement, se fera autour du millésime 2005.
On arrive aux deux suivants, à l'aveugle. Les arômes de fumé et de goudron qui se dégagent avec vivacité des verres nous placent in petto en pessac-léognan, et vu la qualité intense de cette sensation unique, on cite Haut-Brion. Les grandes pointures parlent de 1989 et très vite, la confirmation est donnée. Mais où est le Haut-Brion : à droite ou à gauche ?
Ma préférence s'accentue sur le verre de gauche où je trouve un peu plus de droiture et de force rentrée par rapport à l'explosion douce des parfums du verre de droite. Celui-ci s'avère être le célébrissime 1989 Haut-Brion, mais, ce soir là, ma préférence va au La Mission Haut-Brion. Me voilà conforté dans ma propre hiérarchie bordelaise. Au bout de 15, 20 ans, Haut-Brion et LMHB sont vraiment les vins les plus fascinants du bordelais. Point final… jusqu'à la prochaine confrontation avec d'autres moguls comme Lafleur, Latour ou Cheval-Blanc.
Voilà, on a payé notre tribut aux gloires girondines. Passons aux choses sérieuses : la Bourgogne. Ici, la sélection opérée par Herwig avec ses amis est simplement géniale. Ils ont eu l'idée de nous proposer à la suite deux crus du Domaine de la Romanée-Conti (Richebourg et La Tâche) suivi d'une référence historique quasi-absolue, le sublime Cros Parentoux d'Henri Jayer, millésime 1985.
Je ne sais pas trop pourquoi, mais tous ces grands habitués aux plus beaux vins bourguignons ont affirmé une nette préférence pour le Jayer, alors, qu'aidé un peu par un des convives plus mesuré dans ses certitudes, j'avais une très nette prédilection pour la finesse exquise, le fruité parfait et si pur des vins de Messieurs de Villaine et Noblet.
Est-ce ma nette attirance pour cette grâce unique des plus beaux pinots noirs bourguignons, si bien représentés par les vins actuels du Domaine Leroy et de Frédéric Mugnier, est-ce la facilité immédiate de ces crus ne posant aucun problème, se livrant immédiatement à vous, avec un plaisir total ? Toujours est-il que le Jayer m'a semblé un cru de vieille école, un vin qui avait fait un peu son temps, et qui gardait, malgré un soyeux magnifique, une certaine dureté, une retenue, une puissance trop marquée. Mais sans aucun doute, il s'agit là d'une opinion déterminée par un contexte précis, et il se peut très bien qu'en d'autres lieux, en d'autres circonstances, j'affirmerai un point de vue opposé. N'oublions pas qu'on était là au sommet, au nirvana des plus belles bouteilles de cette planète, quand bien même dans quelques années, on aura probablement quelques dimensions supplémentaires de complexité qui s'ajouteront à des impressions massives de fruits purs. Et puis, il faudrait y ajouter un Musigny, un Clos de Tart, un Leroy, un Rousseau pour se faire la gamme complète du nec plus ultra bourguignon.
Ce soir là en tout état de cause, j'ai eu une inclination courte, mais réelle pour le Richebourg, plus structuré, alors que, paradoxalement, La Tâche se prélassait majestueusement dans une finesse inouïe aussi forte que les filles-fleurs de Parsifal.
Bouh ! Difficile de sortir indemne d'une telle soirée !
Les deux liquoreux qui suivent n'ont laissé à personne de souvenir impérissable. Etait-ce la faute de conservations mal faites ou de bouteilles défectueuses ? Toujours est-il que les connaisseurs ont avoué très vite avoir dégusté ces deux crus dans de bien meilleures conditions, ce sur quoi chacun s'est accordé sans discussion. Feront mieux la prochaine fois.
Quand je vous disais que les amateurs belges sont des gens sérieux…
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Laurentg dit | Quelle série ! |
Mauss dit | Oui Laurent : Yquem était loin de ce que l'on pouvait attendre d'une telle bouteille. |






