Emouvant : une vigne pré-phylloxérique unique en France
… et probablement unique sur cette planète !
Visite hier à Madame et Monsieur Marionnet, en Touraine, une région sableuse à souhait (des asperges de référence), qui ressemble à un bout du monde, alors qu'on est à moins de 10 minutes d'un accès autoroute.
Le Domaine Marionnet produit 11 étiquettes : 5 rouges, 5 blancs et un rosé. Essentiellement fournisseur de la restauration, il est bien dommage que ces vins ne soient pas plus connus des amateurs, alors même qu'on est là au royaume des meilleurs rapports "qualité-prix", et surtout au nirvana de vins rares et fortement typés.
On s'explique : Monsieur Marionnet - et son fils qui s'implique de plus en plus dans la propriété - est un homme qui aime prendre les risques. Pas de soufre dans ses vins. Point final. A prendre ou à laisser. Cela a déjà entraîné plus d'une fois des mini-catastrophes, mais qu'importe, le principe est là. Ici on ne veut que le fruit, le fruit, le fruit.
Ici, on s'explique aussi à table. Madame Marionnet, pétrie des traditions culinaires provinciales, n'a pas son pareil pour friser le grandiose avec, naturellement, les dernières asperges blanches, somptueuses, généreuses, douces à folie, presque capables de concurrencer celles de Hoerdt en Alsace, et qui renvoient les petites chichiteuses vertes à la mode au rayon des nourritures secondaires de bobos parisiens en mal d'extravagances superfétatoires.
On fait suivre par un somptueux vol au vent de référence, une madeleine proustienne rappelant les mariages campagnards du pays bitchois et, pour suivre, une volaille majestueuse dans son lit de petites chanterelles et pommes rissolées.
La tarte aux griottes qui suit est simplement un chef d'oeuvre. Je connais des chefs qui feraient des kilomètres pour trouver ce fruit si goûteux, si particulier au parfum entêtant de noyau.
Que du bonheur en bordure de Sologne : vive les jardins de Touraine !
Mais parlons un peu des vins. Le simple gamay de Touraine, à servir bien frais, est un concentré de fruit qui ne pose aucun problème. le vin est simple (avec un prix à un chiffre !), mais parfaitement équilibré, avec ses couleurs vives et brillantes, et sa palette aromatique de fruits rouges. Le vin parfait pour les étés chauds, pour les pergolas de fin de soirée.
En blanc, à part un peu de chenin qui n'a pas ici son meilleur terroir, le sauvignon est le cépage de référence du Domaine. Rien à redire, excellent rapport qualité-prix, à boire jeune mais en sachant que le vin prend une belle rondeur avec le temps.
L'exceptionnel est ailleurs. Il y a quelques années, un vigneron du coin partant à la retraite, propose à Monsieur Marionnet une vigne de 4 hectares, avec, dit-il, une petite pièce vieille de 150 ans ! Du pré-phylloxérique ! Comment se peut-il ?
Il se peut ! La vigne est unique, aucun autre vigneron en France, et probablement en Europe, ne s'étant affirmé comme propriétaire de vignes aussi vieilles. Attention : on n'est pas en Montrachet ou en Château-Chalon. Mais, incontestablement, c'est un vin émouvant. Il est d'une belle attaque, rond en bouche, avec un gras discret, et une finale de belle allure.
Tout amateur se doit de déguster un tel cru, ne serait-ce qu'en hommage au vigneron qui a planté cette vigne dans les années 1850 (il a connu Napoléon ?) et en hommage à Monsieur Marionnet qui bichonne cette vigne comme dieu pas permis. Et il est vendu moins cher qu'une course de taxi entre Orly et Paris !
D'ailleurs, ses grands vins sont tous issus de "vignes françaises non greffées" et je recommande tout particulièrement le cot (malbec) qui développe une puissance de fruits noirs stupéfiante. Une bombe de fruits et inutile de vous dire que le 2005 est particulièrement grandiose à cet égard (cherchez le en restauration ou chez les cavistes : il n'y en a plus au Domaine). Il y en a ou il va y en avoir au restaurant Laurent et probablement aux meilleurs adresses du Groupe Barrière.
Voilà, vous l'avez compris : on est ici chez un tout bon. Un homme de coeur, un vrai vigneron, un qui prend des risques insensés, un amoureux profond de sa terre, de ses vignes, de sa région, de son métier.


Il n'y a pas que Latour ou Margaux, Montrachet ou Yquem


Certes, la production est faible, mais ce vieux là produit encore !
Vous imaginez un peu toutes les histoires qu'il pourrait raconter aux gars de la météo ?
Ce déjeuner d'anthologie, partagé avec deux jeunots du Groupe Barrière (hyper-pro et réels amateurs) a eu son apogée avec l'ouverture de la toute dernière bouteille du cru "Ma première Vendange", millésime 1990. Et beh, mes amis, quelle tenue ! On est bien en 2008, donc 18 ans de cave pour ce gamay qui n'avait aucune pointe d'oxydation; une couleur encore vive, une bouche agréable à souhait et aucune raideur ou dureté au palais, sans tomber dans le mollasson.
Merci de tout coeur à la famille Marionnet ! La Touraine est vraiment une belle et bonne région : nos rois avaient le nez creux !

Nous étions 5 (mais on s'était rafraîchi auparavant avec quelques blancs)
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Armand dit | On peut lire aussi |
Jacques perrin dit | Merci François pour cet alléchant reportage. Les vins, on les connaît déjà mais les asperges et le vol au vent. J'ai hâte de me faire inviter à la propriété. |
Laurentg dit | François, |
Mauss dit | Pour le coup, cette histoire de Valiant Vineyards m'intéresse : je vais me renseigner pour en savoir plus. |
Laurentg dit | Voir le réseau swaffou de Luc Hoornaert. |
Mauss dit | J'ai pu glaner quelques informations sur le site de Parker au sujet de ces vieilles vignes encore en production. |






