La critique du vin : où sont les limites ?
Julian, un Producteur, me fait l'honneur de discuter les propos mis dans le post :
"L'art d'enfoncer des portes ouvertes : une spécialité américaine ?"
Je me permets de rappeler son commentaire pertinent qui ouvre de belles possibilités de discussion :
Même s'il est difficile à déterminer, même si le goût reste profondément quelque chose de relatif et de subjectif, il y a, quand même, un standard universel de qualité pour le vin. Il se traduit naturellement comme un "plus petit dénominateur commun", à savoir que personne ne peut considérer comme bon un vin qui a des défauts majeurs, reconnus par tous, le goût de bouchon étant le premier défaut sur lequel on peut trouver une unanimité. La liste peut être longue, mais je suis le premier à dire, par exemple, qu'on peut avoir une opinion divergente sur la volatile ou les brets.
Heureusement que les écrivains ne sont pas d'accord entre eux ! C'est même fondamental. Quelle horreur ce serait si le goût était uniforme ! Alors oui, sur un vin, sur votre vin, on peut avoir des avis opposés tant il est vrai que certains auront une nette préférence pour la richesse, le velouté, la volupté même d'un cru alors que d'autres blâmeront le manque de finesse, de retenue, la trop lourde charge en alcool, etc.
On l'a compris : il est essentiel pour l'amateur, pour le consommateur d'avoir quelques connaissances sur le critique lui-même afin qu'il puisse nuancer le point de vue qu'il va lire à partir des styles recherchés et avoués par ce critique.
Prenons un exemple simple. Tout le monde sait (ou devrait savoir) que Michel Bettane est "le" spécialiste incontesté de la Bourgogne. Attention, hein : je ne dis pas que de temps en temps il a des préférences marquées pour l'un ou pour l'autre, que dans sa longue vie professionnelle il n'a pas nuancé plus d'une fois ce qu'il estime être fondamental dans les grands pinots noirs bourguignons (le fruit pur) : il reste un homme avec ses incertitudes, ses recherches, ses idées. Il n'en demeure pas moins que ce qu'il dit sur la Bourgogne est immensément plus intéressant que les notes baveuses de pauvres copieurs qui s'évertuent à mal le copier. Et là je vous contredis fermement, Julian : je vois en Michel Bettane une très nette supériorité sur quiconque - a fortiori un amateur - eu égard au vignoble bourguignon. Et je peux vous dire que je connais quelques pointures italiennes simplement époustouflantes en matière bourguignonne !
En langue anglaise, Allan Meadows est également un nom sur lequel on peut compter.
Que maintenant, comme chacun des Membres du GJE d'ailleurs, Michel Bettane passe à côté d'un vin lors de dégustations comparatives à l'aveugle, il sera le premier à le dire clairement. C'est d'ailleurs pour cela - entre autres raisons - que le GJE a été constitué : la note collective efface ces errements inévitables.
Il y a belle lurette que j'ai eu cette idée de mettre deux fois le même vin, de le placer à une session du matin, et à celle de l'après-midi, ou du lendemain. C'est même en fait une pratique courante au GJE et cela permet à Bernard Burtschy, lors de ses travaux statistiques, d'évaluer la cohérence individuelle des dégustateurs.
Je peux vous dire que mes zozos sont très bons à ce petit jeu. Mais n'oublions jamais que l'aveugle est de loin la plus belle école d'humilité. Et s'il arrive qu'ils confondent rive gauche et rive droite, j'aurai tendance maintenant à plus accuser les producteurs de mettre sur le marché des vins (je parle de bordeaux) qui n'ont plus la même facilité d'identification que celle des années 60 et 70 par exemple (quoique, sur les vieux millésimes de l'ami Vialette, on se plante souvent en beauté !).
En pré-conclusion, les vrais grands journalistes du vin sont les premiers à avouer leurs limites, à préciser leur "philosophie" du vin, à dire avant toute notation les critères fondamentaux de ce qu'ils souhaitent trouver dans un grand bourgogne, un beau bordeaux ou un fascinant riesling alsacien.
C'est à nous, consommateurs, lecteurs, de nous renseigner sur l'auteur, et non de nous contenter de l'absorption de notes sur 100 ou sur 20 et de lire les commentaires bien plus que les scores, particulièrement chez Parker.
Je sais, au GJE, je n'ai pas encore trouver ni le temps ni les moyens financiers d'intégrer les opinions des dégustateurs. mais cela viendra un jour.
Donc, Julian, oui, vous avez raison : il ne faut surtout pas prendre pour argent comptant ce qu'on lit ici et là. Mais c'est à nous de nous renseigner sur l'écrivain. Cela demande un tantinet de travail, mais depuis les années qu'ils écrivent, nous avons eu le temps, pour les meilleurs d'entre eux, de nous faire une opinion juste.
Un grand journaliste, dont c'est le métier de déguster, apprendre, connaître, transmettre, aura toujours - c'est mon opinion personnelle, hein - une vaste supériorité sur l'amateur qui croit pouvoir donner un avis universel sur un vin, un millésime qu'il n'aura déguster que 2 ou 3 fois. S'il n'aime pas votre vin, fouillez son argumentaire, cherchez pourquoi : vous apprendrez toujours quelque chose.
Certes, il y a une limite : si vous avez en face de vous le célébrissime Dr Regamey,n'oubliez pas de prendre, avant toute discussion, votre prosak fondamentalement utile à la relativisation des propos qu'il vous tiendra. Mais il est si sympathique !!

Bel exemple de plantage du père mauss hier soir chez Vialette !
Otto Geisel, Président de Slow Food pour l'Allemagne, était en terres bordelaises pour quelques visites avec des amis allemands.
Dîner hier soir chez Laurent Vialette qui nous sert à l'aveugle une série de belles bouteilles :
- Magnum de Laurent-Perrier "Grand Siècle" : probablement des années 70. J'adore ces vieux champagnes : classe !
- Magnum La Bernardine 1972 : si j'évoque bien le Rhône très timidement, je cite bien plus le bordelais !
- Magnum Giscours 61. Finesse exemplaire. Mais je me trompe de 10 ans en le mettant en 1971, et en rive droite.
- Cheval Blanc 1971 : je le mets en Bourgogne !!! Quelle finesse. Tout grand.
- Barolo 1971 Marcenasco : ma seule trouvaille : ouf, l'honneur est sauf !
- Pichon Comtesse (caves Nicolas) 1947. Plantage complet. La honte.
- Gazin 1928 : c'est pire : je le mets dans les années 70 !
- Château-Chalon sur un beau torpedo de Partagas : il n'était pas à l'aveugle, mais, honnêtement, je l'aurai reconnu car c'est un vin quasi standard dans les dégustations du petit Laurent.

Que du beau : merci Laurent et merci Otto
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olif dit | Allez, un petit effort, Mr Mauss! Château Chalon n'est pas un vin générique! Producteur? Terroir? Millésime? |
Philippe du Bois d'Enghien dit | Bonjour Monsieur Mauss, |
mauss répond | Olif : |
mauss répond | Philippe : |
yves dit | je me rappelle de Pierre OVERNOY dans sa petite maison, racontant la dégustation chez Henri BOUVRET d'un CHATEAU CHALON magnifique d'un âge canonique: ça donnait à peu près ceci compte tenu de l'âge de la dive bouteille, en préambule: " les vignes avait donc été plantées sous Louis XIV le raisin récolté sous LOUIS XV et le vin mis en bouteille sous LOUIS XVI et c'était parfait" donc M MAUSS n'ayez aucune crainte dans les 50 prochaines années, vous aurez bien l'occasion de goûter un Chateau Chalon sorti de l'adolescence et à peine centenaire! |
mauss répond | Que le ciel entende vos sages paroles ! |
laurentg dit | Juste un petit commentaire, François, |
Hervé Lalau dit | D'accord pour l'humilité. Mais comme journaliste vineux, je continuerai à donner des notes aux vins que je déguste. D'abord, parce que c'est une aide pour les lecteurs. |
Michael Pronay dit | " Ce Château Châlon (le petit Vialette en a un bon stock) est en fait un millésime 1967 qui a reçu une médaille d'or en 1969. " |
mauss dit | Merci Michael : j'aime quand ton esprit de rigueur et ton encyclopédisme sont en phase active. |
Laurent Vialette dit | Cher Michael il s'agit bien d'un millésime 1967 qui a reçu une médaille d'or au concours départemental des vins du jura de 1975 tandis que le 1969 que j'ai également en stock et gouté avec notre cher président a eu au concours génèral agricole de 1975 la médaille de vermeil. |
mauss dit | Et voilà : il suffit de s'absenter quelques jours, et on devient outrecuidant ! |






