L'art d'enfoncer des portes ouvertes : une spécialité américaine ?
Un article me revient en mémoire au sujet d'une étude américaine, californienne pour être précis, qui aboutissait à une conclusion d'une infinie sagesse : pour la santé de l'individu et de la société, la marche à pied ou le vélo étaient, de loin, les modes de transport urbain les plus valorisants.
Ce rapport dont on écrivait qu'il avait plus de 200 pages a été financé, à l'époque, plus de $ 200.000 par une université prestigieuse, style Stanford.
J'aimerai avoir comme agent PR le zeus qui a su négocier un tel budget pour un tel sujet. On est vraiment des petits en Europe (quoique : quoique dans les tiroirs de Bruxelles, il doit y avoir également des pages et des pages d'une indigestion absolue facturées pour un bon pesant de cacahuètes!). Bref, adaptons notre titre : la spécialité est aussi européenne et, soyons large, onusienne !
Tout cela pour en venir au dernier papier d'Eric Asimov, le journaliste "vins" du NYT qui, dans l'édition de ce vendredi 9 mai de l'International Herald Tribune (IHT pour les intimes), parle sur pratiquement une demie-page d'un ouvrage qu'on va trouver chez les bons libraires anglo-saxons, répondant au doux nom de "The Wine Trials" par Robin Goldstein.
Les découvertes fondamentales de l'ouvrage traitant des réactions de dégustateurs amateurs et professionnels suite à des dégustations spécifiques :
a : les amateurs préfèrent, à l'aveugle, un vin effervescent de $ 10 au Dom Pérignon (mais, intéressant : ce n'est pas le cas des dégustateurs professionnels)
b : les dégustateurs préfèrent, lorsque le prix est indiqué sur la bouteille, le vin le plus cher au vin le moins cher (même si on a mis le même vin dans les deux bouteilles marquées d'un prix différent).
Et tout à l'avenant.
Comme le signale très justement Asimov (neveu du grandiose Isaac Asimov, mon Maître absolu es science-fiction), en citant le professeur Dan Ariely auteur d'un livre sur les comportements
"Predictably Irrational : the Hidden Forces That Shape Our Decisions"
(HarperCollins, $ 25,95)
les suggestions influencent la perception et la conviction.
Dans le monde du vin, nous le savons tous, les circonstances peuvent énormément influencer les opinions. C'est une des raisons pour laquelle, au GJE, j'essaie d'imposer un silence absolu car si vous laissez un seul de mes zozos lancer un petit cri lorsqu'il saisit le verre n° 5 ou 22, ou exprimer une moue sympathique ou douloureuse, soyez certain que cela peut en influencer plus d'un, tout professionnel qu'il soit ! Et c'est pour cela qu'ils sont rangés comme à la communale :

C'est dire combien l'étiquette peut faire des ravages dans les évaluations, consciemment ou non, et c'est une évidence tellement constante que je reste étonné qu'on s'étonne de tels résultats dans des analyses qu'on qualifie de scientifiques.
Par contre, ce qui est fascinant, c'est le comportement, les évaluations parfois diamétralement opposées entre dégustateurs amateurs et professionnels. On reviendra sur ce sujet un jour, mais on peut déjà dire ici, à un moment où chaque internaute se sent une âme de journaliste (moi le premier), qu'il y a un vaste gouffre entre l'opinion que peut émettre un Michel Bettane, un Bernard Burtschy, un Kevin Shin, un Jacques Perrin, un Laurent Vialette avec les réactions primaires d'un amateur de base qui n'a pas, et de loin, le bagage fondamental de ces dégustateurs professionnels.
Certes, je les morigène quand ils me semblent trop oublier les facteurs plaisirs et convivialité, mais je reste bluffé encore très souvent par les pertinences de leurs remarques. Le debriefing qui suit chaque session est chaque fois un moment de pur bonheur intellectuel et sensuel.
Conclusion ? Plus que jamais, l'amateur a besoin de lire et relire les avis et commentaires des meilleurs écrivains du vin; il a besoin de cadrer ses propres analyses sur les leurs; il a un besoin fondamental de sélections à partir desquelles il fera son propre choix, en fonction de ses goûts. Relire sur ce point le texte de Bettane que je remets ci-dessous :
Je reste toujours aussi amusé par le rapport religieux que beaucoup entretiennent avec une note, qui n'est qu'un chiffre! Pour nous dégustateurs elle n'est qu'un indice arithmétique de préférence et c'est en cela qu'elle est précisément utile au public! Un 16/20 indique simplement qu' à l'intérieur d'un même millésime et d'un groupe de vins comparables par leur origine ou leur valeur marchande un produit nous a plus plu que celui noté 15/20. La notation sur vingt, cent ou ce qu'on veut c'est en quelque sorte notre échelle de Richter du plaisir! Et la partie la plus pédagogique et la plus noble de notre métier c'est d'indiquer au consommateur les vins réussis dans les millésimes difficiles, par une bonne note et un commentaire clair, à l'inverse des marchands qui les abrutissent dans l'idée qu'il y aurait des grands millésimes où l'on achète tout et des petits où l'on achète rien. Oui certains 2007 seront à Bordeaux des vins plus distingués que beaucoup de 2005, même si cela déstabilise l'univers petit bourgeois d'amateurs prisonniers de valeurs manichéennes. En matière d'art rien n'obéit à des lois mécaniques et la saveur d'un beau vin est une oeuvre d'art! DIeu merci de nombreux amateurs comprennent le sens profond du métier de critique et nous font confiance. Notre bonheur est de savoir que bien plus de vins ont entretenu cette confiance qu'ils ne l'ont ruiné. L'erreur est humaine, nous en commettons comme tous, mais la persévérance dans des idées simplistes est diabolique.....
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julian dit | Je pense que la vrai fausse idée est qu’il y ait un standard universel de qualité pour le vin. Vous suggérez que les écrivains du vin ont un rôle de pédagogie à guider les consommateurs non-éclairés à apprécier ces critères universels de qualité que partagent ces écrivains. Faux ! |
mauss répond | Votre réponse requiert un long commentaire. J'en ferai l'objet d'un nouveau sujet très rapidement. |






